MARIE-JO AREY UN PHÉNOMÈNE DE DÉPENDANCE: L'AMOUR-MALADIE CHEZ SÉVIGNÉ ET PROUST CETTE ÉTUDE VOUDRAIT D'ABORD RAPPELER ET DISCUTERbrièvement l'essentiel de la critique de Sévigné dans l'oeuvre de Proust, et se concen- trer ensuite sur un aspect peut-être moins évident de transmission ou de contamination d'un auteur à l'autre. Les travaux qui se sont intéressés à la relation entre Proust et Sévigné ont surtout montré la parenté théma- tique, ou ont étudié d'intéressants phénomènes de la lecture de Sévigné par le texte proustien. On présentera ici une manifestation mimétique, à la fois thématique et structurale, d'un texte dans l'autre. Inspirateur, et à juste titre, des travaux de Duchêne, Goldsmith et Guénoun, le petit livre de Jean Cordelier, Madame de Sévigné par elle- même a lancé plusieurs pistes comparant l'apparent amateurisme chez les deux auteurs dont les oeuvres ont pourtant "le vernis des maîtres" ( Cordelier , 8, 9 et 159), et leur thématique similaire de l'amour "mauvais sort" par le choix de "l'être le plus capable de nous faire souffrir" ( Cordelier , 73). Dans l'oeuvre de Proust, les signes sévignéens n'appellent pas seulement une lecture directement lisible d'un commentaire critique sur Sévigné. A la recherche du temps perdu révèle, derrière plusieurs de ses tableaux contemporains, tout un fond en plusieurs couches superposées, dont une dix-septième sièele, tout un ensemble de décors, passés littéraires, engloutis ou réapparaissant sous les houles des longues phrases. Cet effet de palimpseste peut dévoiler un passé réverbéré sur un mode lisible, ou être transmis véritablement sur le mode scriptible. En- trant dans l'un ou l'autre des deux précédents, on distingue un mode thématique, parfois lié à l'art du pastiche. Toute la problématique sévignéenne débattue aujourd'hui--art, facti- cité/sincérité, amour maternel, désir--est exposée dans l'oeuvre de Proust. Madame de Villeparisis demande: "Est-ce que vous ne trouvez pas que c'est un peu exagéré ce souci constant de sa fille, elle en parle trop pour que ce soit sincère" ( Proust, 1: 697). La Correspondance de Sévigné et Les Mémoires de Madame de Beausergent sont les bibles de voyage de la grand-mère de Marcel: "Elle ne voyageait jamais sans un tome de l'une ou de l'autre" ( Proust, 1:652). A la page suivante, Marcel qualifie Sévigné de "grande artiste de la même famille qu'un peintre . . . qui eut une influence si profonde sur (sa) vision des choses, Elstir." -243- |