Histoires De Ruines: Calomnies De Linda Le

By Chirol, Marie-Magdeleine | French Forum, Spring 2004 | Go to article overview

Histoires De Ruines: Calomnies De Linda Le


Chirol, Marie-Magdeleine, French Forum


Auteur d'une douzaine d'ouvrages, parmi lesquels des romans, des nouvelles et des essais critiques, Linda Le fait partie de ces ames deracinees qui recherchent en vain dans le souvenir et l'ecriture un passe marque par le desastre et dont il ne reste tout au plus que des ruines. Nee a Dalat en 1963, puis installee a Saigon a partir de 1969, Linda Le quitte le Vietnam pour la France en 1977 avec sa mere, sa grand-mere et ses trois soeurs, laissant son pere "au Pays" (23). (1) Elle a alors quatorze ans. Passe douloureux, le souvenir du Vietnam hantera desormais a des degres divers toute l'oeuvre de la romanciere.

Associe a la thematique du Vietnam, le motif de la ruine demeure omnipresent dans les ecrits de Le, soit dans des termes explicites, soit de facon detournee. Or son cinquieme roman, Calomnies (1993), offre precisement ce traitement double de la ruine a la fois masquee, puis devoilee. C'est par ailleurs l'un des rares ouvrages francais de la diaspora vietnamienne traduit en anglais et le premier roman de Le qui ait ete traduit dans plusieurs pays (Etats-Unis, Portugal, Hollande). Roman cle dans son oeuvre, (2) Calomnies contient de meme en germe les themes de l'oeuvre a venir, a savoir la memoire, le souvenir, l'exil, la folie et bien sur la ruine.

Il s'agira donc dans cette etude de devoiler les multiples facettes de la ruine dans Calomnies afin d'etablir sa signification tant dans le registre personnel de l'auteur qu'a plus grande echelle dans celui de la litterature ruiniste d'inspiration indochinoise. Pour cela, nous evoquerons la ruine telle qu'elle est perceptible dans un contexte temporel puis narratif, avant de la decouvrir au niveau stylistique et metaphorique. Une mise en perspective avec le motif ruiniste dans L'Amant de Marguerite Duras permettra de replacer le theme dans son contexte indochinois. (3)

Perspectives temporelles

"Le theme fondamental de l'inspiration 'ruiniste' reste la perception du temps," souligne Roland Mortier dans La Poetique des ruines en France. (4) Or sous quelle forme ce temps se revele-t-il dans Calomnies? Deux recits se font echo: celui d'une jeune femme, la niece, cherchant ses origines et celui de l'oncle enferme "dix ans chez les fous" (11). Ces deux perspectives alternent d'un chapitre a l'autre tandis que le lecteur essaie de deviner jusqu'aux dernieres pages l'identite du narrateur. L'approche double permet alors non seulement la narration dans le temps (ou jadis et maintenant sont exposes) mais aussi dans l'espace puisque cette derniere fait appel a deux consciences, deux experiences geographiques, qui elles-memes se multiplient sous le processus d'ecriture et de reminiscence. De meme, avec ces deux narrateurs, l'histoire s'effrite en meme temps qu'elle prend forme a l'image de ces vies qui se disloquent, qui se desintegrent, qui se perdent dans la multiplicite--nous y reviendrons.

Suivons donc d'abord le recit de l'oncle. Un veritable compte a rebours se met en place, marque par divers reperes temporels: quinze ans, dix ans, cinq ans, cinq jours. En effet, "quinze ans" (11) plus tot (par rapport au temps de la narration) et suite a un "episode" (28, 29) les impliquant tous les deux, l'oncle et la niece se sont "perdus de vue" (11); c'est aussi a ce moment-la que l'oncle "quitte le Pays pour etre enferme dans cet asile en Correze" (29). "[D]ix ans" (85) apres, son unique ami surnomme le Moine decede; l'oncle quitte alors l'asile (3, 85, 96). Enfin, depuis cette epoque-la, soit "[d]epuis cinq ans" (22), il travaille dans une bibliotheque (1, 13). Finalement, suite a une lettre de sa niece questionnant son passe et l'invitant a lui repondre, on trouve au debut du recit de l'oncle la notation temporelle suivante: "depuis cinq jours j'ai mal a la tete. Je ne lis plus. Je griffonne" (12).

Ainsi seuls des blocs de temps bien delimites constituent le corpus temporel du recit de l'oncle. Etendue temporelle fragmentee ou demultipliee (selon le sens ou l'on compte)--quinze ans, dix ans, cinq ans, cinq jours, ou inversement, si l'on part des jours pour arriver aux annees--ce temps pointe d'un cote vers un passe, une origine a reconstituer et de l'autre vers un present qui se cherche, une lettre, un long questionnement. …

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(Einhorn, 1992, p. 25)

(Einhorn 25)

1

1. Lois J. Einhorn, Abraham Lincoln, the Orator: Penetrating the Lincoln Legend (Westport, CT: Greenwood Press, 1992), 25, http://www.questia.com/read/27419298.

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"Portraying himself as an honest, ordinary person helped Lincoln identify with his audiences." (Einhorn, 1992, p. 25).

"Portraying himself as an honest, ordinary person helped Lincoln identify with his audiences." (Einhorn 25)

"Portraying himself as an honest, ordinary person helped Lincoln identify with his audiences."1

1. Lois J. Einhorn, Abraham Lincoln, the Orator: Penetrating the Lincoln Legend (Westport, CT: Greenwood Press, 1992), 25, http://www.questia.com/read/27419298.

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