Le Voyageur En Afrique et Son Regard Sur l'Autre

By Dedet, Andre; Petr, Christian | Journal of European Studies, December 1992 | Go to article overview

Le Voyageur En Afrique et Son Regard Sur l'Autre


Dedet, Andre, Petr, Christian, Journal of European Studies


Gide et l'amour du faible.

Andre Gide, ecrivain reconnu, effectue en compagnie du cineaste Marc Allegret un voyage en Afrique centrale de juillet 1926 a mai 1927. Ses carnets paralitront en 1927 et 1928 respectivement sous les titres de Voyage au Congo et Le Retour du Tchad. (1)

Le voyage commence sous une forme idyllique. L'Afrique noire fascine Gide: |Tout ici semble promettre le bonheur, la volupte, l'oubli',(2) note-t-il a son arrivee a Konakry. Plus loin, sur le bateau qui remonte le Congo, le voyageur regarde les rives: |un petit vendeur de colliers somnole, la main dans ma main et la tete sur mon |epaule' (p. 36). Certes, dans l'euphorie, quelques notations, veritables lieux-communs, ont |echappe au controle de l'ecrivain: |Les negres nus crient, rient et se querellent en montrant des dents de cannibales'.(3) Cependant, la sympathie demeure pour |ce peuple resigne' qui |rit, s'amuse, croupit dans une sorte de felicite precaire, incapable meme d'imaginer sans doute un etat meilleur' (p. 51), ce peuple dont la misere resulte d'une carence de l'administration que denonce Gide: |Partout on se ressent d'une penurie lamentable qui laisse triompher et s'etendre meme les maladies dont on pourrait le plus aisement triompher' (p. 51). Alors, peu a peu, prend forme dans cet esprit curieux qui decouvre l'Afrique une representation manicheiste: d'une part, le Blanc, trop souvent venal et brutal, d'autre part, le Negre, |rieur', |resigne' et spolie dans son travail par les nombreux colons qui cherchent a s'enrichir rapidement.

Des son arrivee a Brazaville, Andre Gide enonce un aphorisme qui lui tiendra lieu de modele d'interpretation de la societe coloniale: |Moins le blanc est intelligent, plus le noir lui parait bete' (p. 26). Aphorisme, il faut le remarquer, bien pretentieux, parce qu'il donne quitus d'intelligence a son auteur: on devrait donc entendre dire que le Noir n'est pas bete et que le colon ne brille guere par son genie. Toutefois, cet aphorisme est bien difficile a tenir pour un voyageur confronte a une realite etrange et surprenante qui choque sa sensibilite, son sens de l'humain et ses valeurs qu'il croit universelles. Un evenement est a cet egard significatif: de passage dans un village, Gide rencontre un enfant lepreux, orphelin, dont personne ne s'occupe et qui est maintenu a l'ecart. Devant s'absenter pour une huitaine de jours du bourg, nos voyageurs donnent une somme d'argent a une vieille femme afin qu'elle nourrisse la miserable creature. A leur retour, Gide constate (pp. 70 et 75) qu'elle n'a pas tenu parole et il conclut le recit de cette anecdote par une violente critique du comportement de la femme. Voici enonce, du haut de son autorite d'homme juste, une sentence morale, definitive, et qui ne le conduit pas a s'interroger. Pourquoi les habitants de ce village meprisent-ils cet enfant venu d'une autre contree? Pourquoi est-il abandonne? Pourquoi les gens du lieu n'ont-ils aucune pitie? Ce sentiment serait-il etranger a leur groupe? Autant de questions qui permettraient de comprendre l'Autre mais qui ne sont pas formulees par le Juste blanc, pourtant si prompt a s'emouvoir devant l'injustice, ce Blanc si different du colon et qui nous a fait comprendre qu'il etait intelligent! |Gide serait-il devenu bete'?

|Heureusement', sans doute, voici qu'on lui signale des faits odieux commis par un administrateur qui, en presence d'un agent de la Compagnie forestiere du Congo, a puni une dizaine d'indigenes pour n'avoir pu fournir, le mois precedent, le quota de caoutchouc exige par ladite Compagnie. Les malheureux |furent condamnes a tourner autour de la factorerie sous un soleil de plomb et porteurs de poutres de bois tres pesantes. Des gardes, s|ils tombaient, les relevaient a coups de chicotte' (pp. 98-99); l'un d'entre eux mourra d'epuisement. Gide s'indigne et temoigne, tout en s'entourant de prudentes verifications pour fonder son jugement sur les compagnies forestieres, des verifications a vrai dire quelque peu irritantes tant elles peuvent le plus souvent apparaitre superflues.

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(Einhorn, 1992, p. 25)

(Einhorn 25)

1

1. Lois J. Einhorn, Abraham Lincoln, the Orator: Penetrating the Lincoln Legend (Westport, CT: Greenwood Press, 1992), 25, http://www.questia.com/read/27419298.

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"Portraying himself as an honest, ordinary person helped Lincoln identify with his audiences." (Einhorn, 1992, p. 25).

"Portraying himself as an honest, ordinary person helped Lincoln identify with his audiences." (Einhorn 25)

"Portraying himself as an honest, ordinary person helped Lincoln identify with his audiences."1

1. Lois J. Einhorn, Abraham Lincoln, the Orator: Penetrating the Lincoln Legend (Westport, CT: Greenwood Press, 1992), 25, http://www.questia.com/read/27419298.

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