Entre Paraitre et Disparaitre: Le "Testament" De Nina De Villard

By Harismendy-Lony, Sandrine | Nineteenth-Century French Studies, Fall-Winter 2001 | Go to article overview

Entre Paraitre et Disparaitre: Le "Testament" De Nina De Villard


Harismendy-Lony, Sandrine, Nineteenth-Century French Studies


TESTAMENT

JE NE VEUX PAS QUE L'ON M'ENTERRE, -- DANS UN
CIMETIERE TRISTE; -- JE VEUX ETRE DANS UNE SERRE, -- ET
QU'IL Y VIENNE DES ARTISTES.

IL FAUT QU'HENRY ME PROMETTE -- DE FAIRE MA
STATUE EN MARBRE BLANC -- ET QUE CHARLES ME JURE
SUR SA TETE -- DE LA COUVRIR DE DIAMANTS.

LES BAS-RELIEFS SERONT EN BRONZE DORE. -- ILS
REPRESENTERONT -- LES TROIS JEANNE, PUIS CLEOPATRE
-- ET PUIS ASPASIE ET NINON.

QU'ON CHANTE MA MESSE A NOTRE-DAME, -- PARCE
QUE G EST L'EGLISE D'HUGO; -- QUE LES DRAPERIES
SOIENT BLANCHES COMME DES FEMMES -- ET QU'ON Y JOUE DU PIANO.

QUE CETTE MESSE SOIT FAITE PAR UN JEUNE HOMME,
-- SANS OUVRAGE ET QUI AIT DU TALENT. -- IL ME SERAIT
TRES AGREABLE -- QUE DE LA CHANTEUSE IL FUT L'AMANT.

ENFIN, QUE GE SOIT UNE PETITE FETE, -- DONT PARLENT
HUIT JOURS LES CHRONIQUEURS. -- SUR TERRE,
HELAS! PUISQUE JE M'EMBETE, -- FAUT TACHER DE M'AMUSER AILLEURS.

--Nina de Villard, Feuillets parisiens

Nina de Villard, dont le salon draina l'ensemble du monde intellectuel parisien de 1863 a 1882, est aujourd'hui a peu pres tombee dans l'oubli alors que le tableau de Manet pour qui elle posa en 1873, "La Dame aux eventails," connait une notoriete internationale. (Une exposition intitulee La Dame aux eventails: Nina de Callias, modele de Manet a d'ailleurs eu lieu au musee d'Orsay a Paris au printemps dernier.) (1) Muse ou bouc emissaire selon les inspirations, elle fut egalement au centre de nombreux poemes, romans et tableaux de son temps. Or, bien qu'elle fut elle-meme douee de talents divers (poete, pianiste, comedienne, peintre et critique d'art), cette femme n'est toujours qu'un pretexte pour parler des "grands" de son epoque, toujours amoindrie dans les grandes etudes critiques portant sur le XIXeme siecle. Quand elle s'eteignit a Paris le 22 juillet 1884, alcoolique et folle, elle etait seule. Depuis deux ans deja, elle disait et ecrivait a ses proches qu'elle etait morte:

   Mme Callias etait devenue folle a la fin de sa vie, et sa folie consistait
   en ce qu'elle croyait qu'elle etait morte. On lui demandait comment elle
   allait, une, deux, trois fois. Elle ne repondait d'abord pas; mais enfin, a
   la troisieme, se mettant a fondre en larmes, elle vous soupirait dans un
   rire de folle: "Mais je ne vais pas, puisque je suis morte!" (Mendes 57)
   (2)

La redactrice de La Vie parisenne, Marie Manoel de Grandfort, l'une de ses dernieres amies, rapporta aussi:

   Elle se disait morte, et souvent cette phrase navrante revenait sur ses
   levres decolorees: "Quand je vivais. -- Quand je vivais, j'aimais ceci ou
   cela; je portais des robes claires et des grands chapeaux a plumes
   tombantes ... On venait me voir ... On me trouvait belle, -- on m'aimait.
   -- Aujourd'hui que je suis morte, on me laisse seule, je fais peur ... et
   je n'ai rien pour m'habiller." (Goudeau 115)

Curieusement, Nina de Villard fut toujours poursuivie par la hantise de la mort, l'experience de la folie constituant le point d'orgue de cette vie de femme dechiree completement phagocytee par un entourage d'artistes essentiellement masculin. Comme si le delire lui avait enfin permis de reunir dans l'image de la mort les deux poles entre lesquels elle fut toujours ecartelee: l'etre et le paraitre. Car dans ses ecrits et dans les temoignages de ceux quil'ont connue, reviennent aussi sans cesse, veritables obsessions, le culte des apparences, le gout pour la mode, l'ambition et la satisfaction de soi: tout ce qui constitue une vie de faste et de representation, et que menace le neant. Pour temoin, ce "Madrigal" aux accents autobiographiques extrait des Feuitlets parisiens:

   Fiere comme Junon, comme Froufrou vetue,
   Vous me representez, madame, une statue,
   Qui, prise par le spleen en l'Olympe natal,
   Pour s'habiller chez Worth a fui son piedestal.

Aspiree dans l'intemporalite d'un systeme de references mythologiques (Junon et l'Olympe) d'une part et d'allusions a l'actualite de la mode (la piece de Meilhac et Halevy, Froufrou, et le grand couturier Worth) d'autre part, la femme-statue s'anime et echappe a l'eternite d'abord revee. …

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(Einhorn, 1992, p. 25)

(Einhorn 25)

1

1. Lois J. Einhorn, Abraham Lincoln, the Orator: Penetrating the Lincoln Legend (Westport, CT: Greenwood Press, 1992), 25, http://www.questia.com/read/27419298.

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"Portraying himself as an honest, ordinary person helped Lincoln identify with his audiences." (Einhorn, 1992, p. 25).

"Portraying himself as an honest, ordinary person helped Lincoln identify with his audiences." (Einhorn 25)

"Portraying himself as an honest, ordinary person helped Lincoln identify with his audiences."1

1. Lois J. Einhorn, Abraham Lincoln, the Orator: Penetrating the Lincoln Legend (Westport, CT: Greenwood Press, 1992), 25, http://www.questia.com/read/27419298.

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