Au printemps de 1948, la Fondation Carnegie accorda au Conseil de Recherche en Sciences sociales du Canada une généreuse subvention pour permettre l'exécution du plan de recherche que nous avions proposé. L'objectif essentiel de cette recherche était de dégager les caractères dominants de la dualité de cultures au Canada et de déterminer par quels moyens la nation canadienne avait dominé ses tensions internes. Notre ambition était de déceler les forces d'associa- tion et de dissociation dans la vie nationale. Dans ce but, nous avions circonscrit un certain nombre de champs d'enquçte dont chacun semblait correspondre à une étape ou à un domaine caractéistique de l'évolution des relations entre Canadiens français et Canadiens an- glais : l'histoire récente du " mariage de raison " canadien; les con- ditionnements écologiques et démographiques des relations sociales; les institutions et les partis politiques en tant que cadres d'affronte- ment, de discussion et de compromis; les processus de la vie éco- nomique; les échanges socio-culturels et les conséquences psycho- logiques résultant de la distance sociale, des contacts et des tentatives de communication. Tel éetaite notre espoir. Mais nous avons constaté, pour notre compte, qu'il y a loin de la coupe aux lèvres. Ce qui se passa durant les mois, durant les années qui suivirent, ressembla davantage à une comédie italienne qu'à la symphonie minutieusement prévue. Quiconque a déjà tenté, surtout au Canada, d'amorcer une recherche sociale associant des spécialistes appartenant à des disciplines diverses imaginera facilement ce que furent nos avatars. Au surplus, notre tâche n'était pas simple car nous abordions de vastes domaines relativement inexplorés par la recherche sociale canadienne. Avec patience et diligence, nous sollici- tâmes tous ceux dont nous jugions la collaboration nécessaire. Plusieurs répondirent à notre invitation. Un certain nombre de chercheurs se mirent au travail à notre appel. Avec d'autres, il fallut composer et accepter des compromis. Mais un trop grand nombre de ceux que nous avions souhaités comme collaborateurs étaient déjà absorbéspar d'autres soucis ou d'autres champs de recherche. Le Canada académique, après tout, n'est pas si vaste, et le nombre des chercheurs n'est pas si élevé. Aussi nos archives contiennent-elles plus de compte-rendus de colloques et de discussions, plus de correspondance inquiète que de manuscrits achevéshellip; Malgré tous les obstacles, nous avons la satisfaction d'avoir inspiré plusieurs études originales de haute qualité, comme les monographies du professeur Nathan Keyfitz sur les tendances démographiques en milieux urbains, du professeur E. F. Beach sur les revenus des Cana- -vi- |