Marie-Eve Therenty et Alain Vaillant, Dir.: Presse, Nations et Mandialisation Au XIXe Siecle

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Marie-Eve Therenty et Alain Vaillant, dir. Presse, nations et mandialisation au XIXe siecle. Paris, Nouveau Monde Editions, 2010. 512 p., 49--ISBN 978-2-84736-446-0

Il y a plus de 10 ans, Marie-Eve Therenty et Alain Vaillant lancaient un vaste projet de recherche sur les liens entre la presse francaise et la litterature. Apres avoir centre leur demarche autour du journal La Presse d'Emile de Girardin (1836. L'an I de l'ere mediatique [2001]), puis avoir elargi la reflexion a l'ensemble de la presse francaise du XIXe siecle (Presse et Plumes [2004]), ils nous offrent maintenant une publication qui aborde la culture mediatique sous son angle international. L'hypothese de cet ouvrage collectif est que la presse est << le principal outil de transfert intellectuel, artistique et litteraire et le premier vecteur de la mondialisation qui caracterise le XIXe siecle >> (p. 8). La presse participerait aussi activement a l'emergence d'identites nationales fortes. Les 28 articles contenus dans ce recueil soulignent la tension entre ces deux objectifs, autant dans la presse europeenne que dans celle du Nouveau Monde (le Quebec et l'Amerique latine). Transferts culturels et identites nationales se retrouvent donc au coeur de ce questionnement qui invitent les concepts d'espace public de Habermas et de communaute imaginee de Anderson a se croiser.

La premiere partie du livre observe la circulation des modeles journalistiques en Europe, notamment l'influence des modeles francais et victoriens sur la presse espagnole, belge ou portugaise. A noter ici, l'excellente contribution de Jorg Requate sur la societe mediatique allemande dans laquelle, tout en nuancant la theorie du systeme inspiree de Niklas Luhmann, il brosse un portrait eclairant de cette presse qui se developpe parallelement i la societe civile. Le journal devient ainsi un animateur social incontournable, mais Requate souligne avec justesse qu'il s'agit toujours d'un bien de consommation, que le journal soit considere comme un media de masse ou non. Les deux fonctions du journal lui apparaissent donc indissociables.

La seconde partie s'interesse au role joue par les imprimes dans la construction des identites nationales. D'entree de jeu, l'article de Anne-Marie Thiesse reprend les grandes lignes de la proposition theorique de Benedict Anderson et montre comment le journal, <> (p. 130) participe a l'elaboration de la nation en etant, en quelque sorte, le premier << veritable territoire national >> qui balise les frontieres mentales de la nation. Thiesse souligne aussi que la lecture d'un journal, quoiqu'individuelle, procure un sentiment d'appartenance a un groupe (de lecteurs) qui peut s'etendre a l'ensemble de la nation. Jann Matlock reprend la discussion autour de Anderson et propose plutot, a partir de l'exemple du New York Herald publie a Paris, que les lecteurs de journaux ont ete davantage confrontes a une diversite de << communautes >>, ou de valeurs, et que << la fiction d'une seule communaute natianale ne s'est pas constitue par le biais d'une appartenance commune au lectorat d'un unique journal du matin >> (p.211). Ces deux articles, tres solides, sont accompagnes d'etudes de cas sur la France, le Bresil, la Colombie ou l'Espagne.

La troisieme partie est entierement consacree au Quebec. Therenty et Vaillant expliquent ce choix par le cote exceptionnel de la province <> (p.13)- Ainsi, Micheline Cambron analyse la construction du personnage de Ladebauche, ne en 1878 sous la plume de Hector Berthelot, comme une figure de la nation canadienne-francaise. …