Academic journal article Alif: Journal of Comparative Poetics

La Poesie Impie Ou le Sacre Du Poete: Sur Quelques Modernes

Academic journal article Alif: Journal of Comparative Poetics

La Poesie Impie Ou le Sacre Du Poete: Sur Quelques Modernes

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In France, the "modern" generation of poets--like Baudelaire, Mallarme and Rimbaud--had the ambition to give birth to a new conception of the sacred. Until then, the sacred was the experience of a transcendence whose inscrutable profundity language had to strive to reach. With poetic modernity, it is the immanence of poetic structure that contains and distills the sacral dimension. The poem is henceforth sacred because it is secret, locked up on itself and from the inside. It is secret in the etymological meaning of the word secretus: it is the mystery. Dreaming language, language of dream, lost tongue--these are the founding and heroic permutations of poetic modernity, a new sacred which disposes transcendence within structure.

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La theologie, Qu'est-ce que la chute? Si c'est l'unite devenue dualite, c'est Dieu qui a chute, En d' autres termes, la creation ne serait-elle pas la chute de Dieu? Charles Baudelaire, Fusees

Le moment poetique defini comme tel par Rimbaud: "Ineffable torture ou il (le Poete) a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, ou il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit--et le supreme Savant!", repond d'un clivage absolument moderne en meme temps qu'il conjoint des aspirations plus qu'inactuelles. Don de prophetie ou d'enthousiasme, la poesie est l'articulation d'une part divine, celle de l'"Est deus in nobis" d'Ovide et d'une part maudite, celle que theorisera Bataille. "Voleurs de feu", les modernes veulent recomposer une societe qui n'est pas possible sans art. L'art ne leur est pas seulement une religion figuree par le Livre comme Temple, mais aussi le lieu des ceremonies sociales. Le Livre n'est pas un cenacle restreint mais le centre radiant de la Cite. Outrepassant le cadre chretien et le neoplatonisme d'epoque, il s'agit pour le poete d'integrer cette heterodoxie au profit d'un syncretisme de plus en plus profane. Non seulement le moderne peut se reclamer de faire autorite, puisqu'il est inspire: cela signifie que le politique devient un attribut (une greffe) de la "vertu poetique", le poete pouvant tout aussi bien creer des vers, conseiller les puissants et guider l'opinion comme du Bellay; mais d'autre part il peut suppleer les pretres puisqu'il detient les secrets du nouveau Verbe s'edifiant sur les ruines de la theologie. Pour le poete chretien, il s'agissait de louer, double mouvement d'une invocation et d'une dedicace, le Createur et la Creation. La poesie etait subordonnee a son modele qui etait la Nature et les arcanes de la Creation. Desormais, la poesie opere une dissociation entre le sacre et le profane et la poesie elle-meme passe dans l'espace laique.

C'est dire qu'elle est disponible au plus grand nombre. Il s'agit de travailler le vers: celui-ci n'est pas immediatement disponible ni mediatement abouti, la creation poetique reste un metier, le meme que Boileau ou Bossuet, mais c'est un metier investi. C'est la la condition pour le poete d'exprimer avec justesse la forme dans laquelle se genere la parole poetique. Cette forme tend a exister pour elle-meme. Elle est une generation. Mais elle est egalement la fondation a partir de laquelle peuvent se deployer les ensembles discursifs. En sollicitant le "mirage interne des mots memes", sa tentation de l'immanence devient pour elle la vertu de son autonomie, a l'image des girations des Chants de Maldoror qu'un discours neo-kristevien s'est appropriees. Le sacerdoce de la poesie moderne s'alimente de cette generation de l'ecriture se prenant elle-meme pour objet; non l'adequation mimetique, non la restauration d'un ordre divin, non la nostalgie lamartinienne d'un temps efficace ou l'homme "n'avait pas encor, dans son delire,/Brouille ce grand miroir ou Dieu l'avait fait lire,/Et, semant au hasard ses debris en tout lieu,/Mis son verbe temi sur le verbe de Dieu!". (1)

Des modernes, ce sont sans doute Rimbaud (1854-1891) et Mallarme (1842-1898) qui sont les plus influences par ce postulat. …

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