Academic journal article The Romanic Review

Peut-On Entendre Ecouter? Une Etude Sur L'etre et le Langage Dans le Surrealisme

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Peut-On Entendre Ecouter? Une Etude Sur L'etre et le Langage Dans le Surrealisme

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Les concepts surrealistes de l'oeil sauvage et de l'oreille interieure peuvent etre consideres comme determinants dans la deconstruction de la representation et de la perception traditionnelles, car, en changeant l'audition et la vision, ils ouvrent a une dimension automatique qui donne a voir et a entendre. L'exploration de la dimension automatique, a laquelle Breton lui-meme nous a incitee en declarant que "rien n'a ete moins compris"--l'automatisme est en effet bien plus qu'une methode--donnera sa coherence aux concepts surrealistes de l'oeil sauvage et de l'oreille interieure. Dans le cadre du present article, nous poursuivons surtout le dispositif de l'oreille interieure (1). Nous verrons que le deplacement du lieu de l'ecoute de l'exterieur vers l'interieur enregistre l'ecroulement du systeme de l'audible mimetique qui domine le socio-symbolique. La disposition culturelle et historique du langage a toujours refoule le moment ou le langage dispose de l'homme. C'est a ce moment precis que le surrealisme veut ouvrir l'oreille avec cette question de Duchamp: "Peut-on entendre ecouter?", comme on peut voir regarder (2). Par cette question--preparee mais non resolue par l'avant-garde du XIXe siecle--le surrealisme veut maintenir ouvert le moment ou le langage dispose de l'homme, ou le langage s'exprime soi-meme, moment fondateur de ce que nous appelons "reel" quand nous croyons disposer du langage. Breton appelle ce moment la seule garantie "de l'authenticite affective du langage et (bien sur, par dela le langage) du comportement humain", marquant ainsi l'eroite liaison entre les affects, le langage et la condition humaine (3). Le langage qui dispose de l'homme est un langage qui coule independamment de la volonte consciente. Comment peut-on capter ce flux? La voie royale au dispositif auditif du langage passe par l'ecoute surrealiste.

L'Ecoute surrealiste

L'ecoute surrealiste n'est pas liee au savoir scientifique ou technologique, mais au domaine le plus fuyant du langage que Breton qualifie pourtant d'etendue logique, meme s'il ne s'agit pas du logique du conscient:

   ... etendues logiques particulieres, tres precisement celles ou
   jusqu'ici la faculte logique, exercee en tout et pour tout dans le
   conscient, n'agit pas. Que dis-je! Non seulement ces etendues
   logiques restent inexplorees, mais encore on demeure aussi peu
   renseigne que jamais sur l'origine de cette voix qu'il ne tient
   qu'a chacun d'entendre, et qui nous entretient le plus
   singulierement d'autre chose que ce que nous croyons penser, et
   parfois prend un ton grave alors que nous nous sentons le plus
   legers, ou nous conte des sornettes dans le malheur (4).

Pour penetrer dans ces etendues logiques particulieres, nous devons mettre hors action la faculte logique du conscient et nous abandonner a l'involontaire, a l'arbitraire dans notre pensee. On dirait que Breton appelle ces etendues "logiques" parce qu'il est persuade que tout le monde y a acces et qu'il s'agit d'une experience partageable par tous. Chacun de nous a, en effet, pu faire l'experience que notre pensee consciente s'accompagne d'une pensee inconsciente qui se manifeste par des lapsus, par des trouvailles, bref, par autre chose que ce que nous croyons penser. Aussi la voix dont parle Breton, n'estdie pas une voix qui emet des sons audibles.

L'ecoute de cette voix se passe a un autre niveau que l'ecoute exterieure par l'oreille exterieure. Breton distingue nettement l'oreille exterieure de l'oreille interieure, la premiere etant l'instrument de l'ecoute socio-symbolique, tandis que la seconde est l'instrument de l'ecoute surrealiste:

   "Oh non j' parie Bordeaux-Saint Augustin..... C'est un cahier ca".
   Le 27 septembre 1933, une fois de plus sans que rien de conscient
   en moi ne la provoque, alors que, plus tot que de coutume, vers
   onze heures du soir je cherche a m'endormir, j'enregistre une de ces
   suites de mots comme prononces a la cantonade, mais parfaitement
   nets, et constitues, a ce qu'il est convenu d'appeler l'oreille
   interieure, en un groupement remarquablement autonome (5). … 
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