Academic journal article The Romanic Review

Fictions De Parures: Maupassant

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Fictions De Parures: Maupassant

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Pour Naomi Schor, ce qui distingue radicalement le sort de l'heroine du dix-neuvieme siecle de celle du siecle precedent et qui inscrit son destin dans une degradation ineluctable, est l'incapacite de motilite qui lui est imposee. S'il y a continuite d'un siecle a l'autre, il faut la trouver seulement dans la restriction imposee a la femme, qui doit s'en tenir a la sphere sexuelle et domestique. N. Schor fait apparaitre, dans Breaking the Chain, les nouvelles figures de l'exploitation de la femme: scandalisation, hysterisation. La "naturalisation" de la femme est particulierement denoncee: il faut en effet, chaque fois, sexualiser ce qui est attribue comme inne a la femme, justifie comme son inferiorite naturelle, sa feminite(1).

Pour contextualiser brievement l'immobilite de l'heroine du dix-neuvieme siecle, son infirmite, Schor rappelait le stade du miroir de Lacan et la mobilite expansive eprouvee par l'enfant: "la jubilation dont l'enfant de Lacan fait l'experience devant le miroir resulte de la maitrise illusoire de ses fonctions motrices que lui fournit le miroir" (135-136). L'heroine du dix-neuvieme n'aurait meme pas droit a ce moment extatique, dont on sait par ailleurs qu'il est en meme temps alienant.

J'aimerais montrer qu'il y a, dans la representation feminine du dix-neuvieme siecle, un second proces fictionnel de degradation: il s'agit de la parure, de l'ornementation octroyee a la femme. Comment la forme de la parure temoigne-t-elle alors de ce mouvement de degradation? En fait, N. Schor ferait elle-meme, au depart, la transition d'un procede a l'autre, elle les combinerait admirablement pour nous. Dans son analyse de Salammbo de Flaubert, c'est la parure, l'ornement octroye a la femme qui l'immobilise, l'enchaine, la prive de toute liberte. Nous verrons aussi que, dans cette perspective, le stade du miroir de Lacan evoque plus haut trouvera toute sa dimension theorique, son element propre.

Je voudrais montrer que deux contes (assez vulgarises) de Maupassant participent de ce protocole ornemental du dix-neuvieme siecle et, d'une maniere presque primitive, devoilent ces mecanismes de specularisation excessive du feminin: il s'agit de La Parure et des Bijoux(2). La tache de cet article est de desapproprier la femme de ce qui lui est originellement impose et, en utilisant Maupassant comme exemple, de montrer a quel point l'ornementation represente plutot un inconscient de la masculinite.

L'heroine de La Parure, Mme Loisel est au debut de la nouvelle presentee dans un etat absolu de depossession, d' "insuffisance": "Elle n'avait pas de dot, pas d'esperances, aucun moyen d'etre connue, comprise, aimee, epousee par un homme riche et distingue; elle se laissa marier avec un petit commis du ministere de l'Instruction publique" (455). On voit vite cependant que sa situation sociale ne fait que recouvrir autre chose, sa feminite manquante, son humanite negative: "Elle fut simple, ne pouvant etre paree" (455). Seule la parure semble completer la femme, seul le fait qu'elle soit offrande permanente a l'autre constitue son etre. Elle existe hors de toute classification soicale; elle est si l'on peut dire consubstantielle a la feminite. C'est ce contraste entre la realite de la vie de Mme Loisel et l'idealite feminine qui fait d'elle une femme devoree interieurement par l'envie. L'heroine substitue a sa realite misereuse, a sa domesticite carcerale, un espace peuple de reves, le monde luxueux des apparences. Procede typique d'abrutissement des heroines. Elles sont incapables de s'installer dans la realite; elles sont des lors condamnees a rever (dans son dossier medical des tendances naturelles de la femme, Freud mentionne les distractions, les reveries, les etats hypnoides)(3). Le texte etale avec une remarquable gradation tous ces objets de l'envie: "antichambres muettes, capitonnees avec des tentures orientales, eclairees par de hautes torcheres de bronze...grands salons vetus de soie ancienne. …

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