Academic journal article Mosaic (Winnipeg)

"Comme Apres la Vie": Derrida et Cixous, Ou Apprendre a Lire Enfin

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"Comme Apres la Vie": Derrida et Cixous, Ou Apprendre a Lire Enfin

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Entre les textes de Jacques Derrida et d'Helene Cixous, les rapports multiples, particulierement intenses depuis une quinzaine d'annees, n'ont cesse de se croiser. Mais comment eviter "aujourd'hui" cet "entre" eux deux plus radical, creuse par la mort de Derrida? qu'est-ce que lire, le lire depuis que "Tout a change, rien n'a change"? Dans Insister, Cixous interroge, a partir de l'histoire du manuscrit volant de Voiles, ces questions vitales de la lecture et du reve. Comment apprendre a lire enfin Derrida? Telle est la question inlassablement poursuivie ici.

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Chaque livre est une pedagogie destinee a former son lecteur [...]
lequel apprend a lire (a "vivre") cela, qu'il n'etait pas habitue a
recevoir d'ailleurs. On espere qu'il en renaitra autrement
determine [...].--Jacques Derrida, Apprendre a vivre enfin.

Ceci est un exercice de reve. Ceci est l'exercice du reve. Ceci est
l'histoire du manuscrit volant. Je le lis "aujourd'hui " et le lisant me
lis le lisant, et tandis que je le lis comme d'habitude lui me lisant,
je sens, je hume l'air humide et sale entre nous, legere insistance de
l'eternite. Tout a change, rien n'a change.
--Helene Cixous, Insister. A Jacques Derrida.

Lire Jacques Derrida avec elle, le lire a travers elle, et la lire d'un meme versant se lire en train de le lire, les lire se lisant, mieux: s' "infinilire" (Cixous 24) (1) sans fin, avant, pendant, apres--avant et apres sans difference, apres comme avant (et ca fait aussi toute la difference depuis (2) que ce jour a eu lieu):

"'Tout a change' 'Rien n'a change'

J'ecris ces deux phrases sur la meme ligne mais en les separeunissant par un 'blanc,' un espacement sans voix, sans fond, sans profondeur" (35): il y a bien desormais, et autrement qu'avant malgre tout, un saut abyssal, un pas infranchissable entre eux, fut-ce un saut de page--toutes ces questions touchant a la lecture sont pour nous vitales, et d'autant que "Tout ici tourne autour de la vie, aux etranges presents de la memoire, du texte, du reve" ("Priere d'insister") et, bien entendu, "presents" convoque tous ses homonymes: don du temps, present toujours a-venir, donner du don meme. Car s'il est une lectrice vers qui nous ne pouvons manquer de vouloir nous tourner pour apprendre, continuer d'apprendre a lire, a mieux lire Jacques Derrida, c'est bien du "cote" d'Helene Cixous que notre regard insiste, ceil d'ailleurs (re)dresse a l'ouie (maitres a nous faire passer d'oeil en ouie, lui comme elle ont deja bien analyse, "survoeille" pourrait-on dire, cet Augenblick entre "deuil" et "d'oeil": ce "point de vue," ce "point sans vue," cette "pupille sans lumiere" [79] reviendra d'ailleurs au cceur de l'histoire du manuscrit de Voiles qu'elle nous raconte, comme on raconte un reve, et ce texte est lui-meme cela, un reve de texte, un texte de reve: comme elle l'observe si justement, "Nous revons d'un meme oeil, mais nos deuils sont differents" [95]). Au point ou nous en sommes dans notre travail de deuil--dont la forme privilegiee est peut-etre justement celle de la lecture elle-meme: c'est bien ce que suggere le mot "vivre," place entre guillemets et entre parentheses dans la phrase de Derrida citee en exergue, comme si "apprendre a lire" l'emportait, en matiere de survie, sur le "vivre" meme (3)--a penser depuis Jacques Derrida, "avecsans lui" comme dirait Cixous, comment et par ou commencer a les lire, en tenant compte de ce "maintenant" dans leurs echanges et entre eux?

On pourrait certes se dire que ce n'est pas la peine d'insister, qu'ils ont deja tout vu, lu (d')eux-memes, l'essentiel en tout cas de leurs experiences, ressemblances et differences non superposables. De fait, on devrait commencer par avouer cette impuissance, ce decouragement, cette difficulte a les bien garder en vie l'un(e) et l'autre, et seulement repeter avec elle: "Cela me desespere cette surabondance. Je dois multiplier ma vie par dix, par cent dits et plus encore, pour tenter de garder en vie tes mondes de pensees de paroles de phrases c'est impossible humainement impossible, il faut tendre au surimpossible, je l'ai toujours tente, tenter de tendre, tendre a tenter c'est le minimum" (70). …

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