Academic journal article The Romanic Review

L'entre-Deux Au Theatre. la Scene Chez Mallarme: Lieu De L'articulation Entre Parole Poetique et Fonction Communicative Du Langage

Academic journal article The Romanic Review

L'entre-Deux Au Theatre. la Scene Chez Mallarme: Lieu De L'articulation Entre Parole Poetique et Fonction Communicative Du Langage

Article excerpt

Mallarme s'est interesse explicitement au rapport entre recepteur et locuteur, tant dans certains de ses poemes en prose que dans sa critique

theatrale ou ses textes theoriques. Or il'savere que Mallarme articule souvent ce rapport a propos d'un spectacle public: le recepteur est alors "visiblement" une collectivite de recepteurs--un public. Quelle est la specificite de ce collectif par rapport a un lecteur/recepteur individuel? Mallarme le percoit-il comme different de la somme des individus qui le composent, et selon quels criteres? Quel est le sens d'une telle sensibilite chez Mallarme?

I. Le langage comme bien collectif.

i. La crise de la relation entre poete et public

"Heresies artistiques--L'art pour tous" (Mallarme, 257-260) est un texte de jeunesse de Mallarme (1862), qu' "il ne jugea pas digne de figurer dans l'un de ses recueils de prose", a la surprise de son editeur dans la Pleiade, pour qui "cet article est un precieux temoignage, et surprenant, de le debut, il s'y conforma" (1543). Or cet article est surtout un precieux temoignage et produit--d'ailleurs d'un ecrivain debutant--d'une des ideologies de l'artiste dans la deuxieme moitie du dix-neuvieme siecle(1). Mallarme y traite de la relation entre le poete et le public, et s'inspire visiblement de Baudelaire. Il donne Les Fleurs du mal en exemple du sort de la poesie, que l'industrie du livre traite exactement comme "la prose du vicomte du Terrail" (257), et l'eloge de Theophile Gautier par Baudelaire fournit le titre de Mallarme ainsi que trois de ses themes: l'aristocratie poetique, le probleme de la transmission "de masse" de la poesie notamment par l'enseignement, et la notion de sacre (Baudelaire, Theophile Gautier [I], 103-128). De plus, Mallarme cite en le deformant un passage ou Baudelaire s'excuse de "s'enphilistiner" a "recriminer, faire de l'opposition, et meme reclamer la justice" et remarque qu' "on oublie a chaque instant qu'injurier une foule, c'est s'encanailler soi-meme" (Baudelaire, 106-107). Mallarme en fait une maxime generale: "injurier la foule, c'est s'encanailler soi-meme" (258).

Or c'est pour montrer qu'il appartient a l'aristocratie dans laquelle il vient de placer Gautier, incompris du public bourgeois, que Baudelaire s'excuse des sarcasmes qu'il vient de repandre sur les dits bourgeois. Aristocratie s'oppose chez Baudelaire a bourgeoisie, et il s'agit d'une aristocratie du "merite", definie par un systeme de valeurs qui domine le champ symbolique: le gout, la serenite face au reel, la distanciation ironique, etc(2). Mallarme, en faisant de la foule particuliere des bourgeois la foule en general--tout ce qui n'est pas poete(3)--commence la ou Baudelaire, selon Benjamin, finissait: To impress the crowd's meanness upon himself, he envisaged the day on which even the lost women, the outcasts, would be ready to advocate a well-ordered life, condemn libertinism and reject everything except money. Having been betrayed by these last allies of his, Baudelaire battled the crowd--with the impotent rage of someone fighting the rain or the wind. ("On some motifs in Baudelaire", 193-94) Chez Baudelaire, le rapport avec les foules, menacees a long terme d'embourgeoisement meme dans leurs sous-groupes les plus alienes, ses allies contre les bourgeois, "filles perdues et exclus", se resout dans une solitude rageuse bien loin de l'aristocratie sereine revendiquee dans le texte sur Gautier. C'est cette position que Mallarme reprend, dans un texte d'ailleurs marque par la vehemence--comme les poemes de cette epoque, le "Guignon" ou les "Fenetres" sont dans la maniere de Baudelaire (Benichou, 1967, p.79). Le poete se percoit comme sujet sans ancrage dans le reel social et se drape dans un isolement qu'il lui faut rendre superbe a l'egard de la "foule" "vulgaire" et "philistine" (258).

Si ces textes ne pretendent pas a une coherence doctrinale et me semblent plutot symptomatiques d'une panique--d'une "crise"--quant au role--et peut-etre surtout quant a la possibilite de survie--du poete dans la societe(4), ils posent, sinon consciemment tout au moins implicitement ou par defaut, la question du public, du destinataire de la poesie: elite, mais composee comment, et de qui? …

Search by... Author
Show... All Results Primary Sources Peer-reviewed

Oops!

An unknown error has occurred. Please click the button below to reload the page. If the problem persists, please try again in a little while.