Academic journal article Nineteenth-Century French Studies

Lire la Pierre: Pouvoir Politique et Sexuel Dans la Sculpture Litteraire Du XIXe Siecle

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And you, great sculptor--so, you gave A score of years to Art, her slave, And that's your great Venus, whence we turn To yonder girl that fords the burn. -- Robert Browning, "Last Ride Together"

Si ces vers du poete anglais Robert Browning semblent indiquer qu'au dixneuvieme siecle la France ne fut pas seule a trouver la sculpture problematique, il s'avere indeniable que les ecrivains francais ne cessent de se pencher pendant toute cette epoque sur les possibilites metaphoriques, thematiques, et psychologiques que les statues fournissent. Au cours du siecle la sculpture --vue au moins par la litterature, ce prisme puissant mais incontestablement tout aussi bien deformant--vint en fait a representer une dynamique tout a fait autre, dynamique d'ailleurs qui transforme les implications meme du mot. "When I use a word, it means just what I choose it to mean, neither more nor less," Humpty Dumpty dit-il a Alice, pour ajouter un peu plus tard: "When I make a word do a lot of work, I always pay it more." (Carroll 269-70) Le mot "sculpture" et ses synonymes paraissent bien faire des heures supplementaires au dix-neuvieme siecle, et pas toujours de facon a eviter des conflits de competence. La statue, ce qui etymologiquement "se tient debout," fait plus maintenant que de se tenir: elle quitte son piedestal pour se promener non seulement dans la ville elle-meme (1) mais aussi dans les textes litteraires, et elle abandonne l'impression de pierre ou de bronze pour faire plutot penser aux liquides, surtout avec les sculptures exceptionnellement imaginatives d'Auguste Preault. Ce dynamisme s'etend de facon extraordinaire a la litterature. En effet, du point de vue du vingt-et-unieme siecle, on ne peut qu'etre frappe, en lisant la prose francaise qui date du dix-neuvieme siecle, par la frequence avec laquelle l'image de la statue revient sous la plume des ecrivains, ne fut-ce que sous forme de cliche. Puisque les cliches projettent de la lumiere sur ceux qui les utilisent, puisque les idees recues sont, comme le dit Baudelaire, autant de fourmilieres creusees par d'innombrables generations de fourmis humaines (1: 650), (2) une telle profusion ne peut qu'attirer notre attention. Si un personnage est pale, il est "pale comme une statue"; s'il se tient sans mouvement, il est "immobile comme une statue." Un cousin Pons, frappe par la vengeance de Mme Camusot, ne peut donc que "devenir statue" (Le Cousin Pons 119). Mais le mot statue evoque aussi un autre champ lexical, celui de la nudite, ce qui permet a Balzac, par exemple, de noter avec une economie frappante que Mlle Michonneau "baissa les yeux comme une religieuse qui voit des statues" (Le Pere Goriot 61). Il s'agit la bien entendu de formules, mais ce sont autant de formules que les grands ecrivains savent soit imprimer de leur sceau personnel, soit nous offrir comme des citations qui laissent parler la voix de la foule. C'est ainsi que, dans Notre-Dame de Paris, Victor Hugo transforme les commentaires dont le public aurait peut-etre ete capable (commentaires indiques par exemple par la locution "on eut dit") pour mettre en relief l'alterite et l'implacabilite de la mere d'Esmeralda, qui pleure sans cesse sa fille volee par des bohemiens: "On eut dit qu'elle s'etait faite pierre avec le cachot, glace avec la saison. Ses mains etaient jointes, ses yeux etaient fixes. A la premiere vue on la prenait pour un spectre, a la seconde pour une statue. Cependant par intervalles ses levres bleues s'entrouvraient a un souffle, et tremblaient, mais aussi mortes et aussi machinales que des feuilles qui s'ecartent au vent" (Notre-Dame de Paris 291). (3) Cet incessant mouvement binaire--pierre/glace; yeux/mains; spectre/statue --prepare la voie a l'explosion d'emotions qui, des qu'elle comprend que celle qu'elle a deteste comme tzigane est bel et bien sa fille, transforme cette statue en femme vivante avant de la rendre cadavre. En meme temps que Hugo effectue cette metamorphose, il donne vie a un cliche qui dans d'autres mains risquerait une ossification irremediable. …

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