Academic journal article Nineteenth-Century French Studies

Stendhal et L'ideal Moderne

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Stendhal et L'ideal Moderne

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D'ou vient ce ton vif avec lequel la beaute de Clelia Conti est contrastee avec l'ideal antique, dans une scene importante de La Chartreuse de Parme, le soir meme ou Fabrice est emprisonne dans la tour Farnese? Les deux femmes sublimes, Gina et Clelia, se retrouvent chez le prince de Parme: si la duchesse, dont la vivacite du regard et de l'esprit sont si uniques, est aussi splendide qu'une Madone de Leonard, ce soir-la Clelia, emue par des sentiments tendres, les yeux animes d'un eclat inhabituel, apparait meme plus belle que sa rivale:

   L'admirable singularite de cette figure dans laquelle eclataient les
   graces naives et l'empreinte celeste de l'ame la plus noble, c'est
   que, bien de la plus rare et de la plus singuliere beaute, elle ne
   ressemblait en aucune facon aux tetes de statues grecques.
   (Romans et nouvelles 2: 271)

Le depit pour la beaute des statues antiques n'est pas nouveau chez Stendhal et revele son ideal moderne, qui merite d'etre etudie comme le centre meme de son esthetique, le produit meme de sa passion pour les arts et la musique. En 1816 il corrige les deux volumes de son premier ouvrage, Histoire de la peinture en Italie. De Grenoble a Rouen, a Paris et en Italie, il ne se fatigue pas de solliciter les commentaires de l'ami Louis Crozet en lui communiquant le plan general, la division en chapitres, ses soucis pour la redaction de l'oeuvre, pour la mise au point de l'erudition historique et des questions esthetiques. Neanmoins, il veut revenir a ses projets de comedies, "Fart de komiquer" et "la peinture des caracteres" restant sa constante occupation depuis, dit-il, qu'il a lu Destouches a douze ans (Correspondance 1: 825, 30 septembre 1816). C'est en partie pour cette raison que, apres "avoir passe deux ans a voir comment Raphael a touche les coeurs" (1: 825), Stendhal ne veut pas ajouter deux volumes a son Histoire de la peinture. La tache serait longue et ingrate et presenterait les memes difficultes que les discussions sur la sculpture:

   Il me faudrait deux ans pour finir l'H[istoire] par quatre volumes.
   D'autant plus qu'il faut inventer le beau ideal du coloris et du
   clair-obscur, ce qui est presque aussi difficile que celui des
   statues. (1: 825)

Mais le beau ideal moderne est defini, deja dans l'Histoire de la peinture, non sans humour, en opposition avec l'ideal antique et contre l'art qui le represente: la sculpture. Stendhal annonce avec ironie, comme s'il s'agissait de regles qui n'en sont pas, ce qui n'est pas quantifiable, car aucune mesure, aucun instrument ne peut apprendre comment executer les caracteristiques de son ideal, tels un "esprit extremement vif," la grace dans les traits, l'intensite de l'expression. Voici le petit chapitre qui s'appelle: "De l'ideal moderne" et qui se compose de six articles:

1. Un esprit extremement vif.

2. Beaucoup de graces dans les traits.

3. L'oeil etincelant, non pas du feu sombre des passions, mais du feu de la saillie. L'expression la plus vive des mouvements de l'ame est dans l'oeil, qui echappe a la sculpture. Les yeux modernes seraient donc fort grands.

4. Beaucoup de gaiete.

5. Un fonds de sensibilite.

6. Une taille svelte, et surtout l'air agile de la jeunesse. (Histoire de la peinture en Italie 2: 156)

Stendhal n'hesite donc pas a juger la sculpture insuffisante pour rendre le nouvel ideal. Le syllogisme esthetique implicite parait simple: l'ideal moderne est superieur a l'ideal antique; la sculpture incarne l'ideal antique; donc la sculpture est inadaptee a exprimer l'ideal moderne. Plusieurs remarques dans l'Histoire de la peinture preparent explicitement la these de l'inferiorite de la sculpture en declarant la necessite d'adapter les arts aux valeurs de l'epoque: l'art doit etre lie a l'expression d'une societe, de tout ce qui la caracterise et la preoccupe. Il n'y a pas beaucoup de place chez les modernes pour ce qui etait important pour les anciens, et le chapitre CXVIII de l'Histoire de la peinture resume par son sous-titre le propos de l'auteur: "Nous n'avons que faire des vertus antiques. …

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