Academic journal article The Romanic Review

Tournier Feministe? Histoires d'Eve

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Tournier Feministe? Histoires d'Eve

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La litterature romanesque, pour avancer, doit reculer jusqu'aux

origines. (Chawaf 109)

La morale ou le pouvoir ont tonjours cherche a chatrer [notre]

ambivalence, notre nature conflictuelle, animalo-humaine, notre sexe

mental androgyne. (Chawaf 131)

Les hommes vent des femmes comme les autres.

(Groucho Marx; cite par Tournier, Le Miroir des idees 18)

Michel Tournier feministe? Oxymoron selon certains; pure betise selon d'autres, moins indulgents. Car les lecteurs de Tournier ont trouve de nombreuses raisons pour qualifier l'auteur de phallocrate, ou pire, de misogyne. Mairi Maclean cite deux critiques qui vent d'accord pour trouver chez l'auteur un mepris pour les femmes qu'il n'essaie pas de cacher. Richard Cobb pretend que l'oeuvre de Tournier serait "a literature atrophied and amputated, in that it not only essentially is masculine, a man's world for men only, but tends to be contemptuous of women, reducing them merely to the role of extremely summary, and necessarily inexpensive, machines a plaisir" (Maclean 329). Et Catherine David de trouver dans Le Vent Paraclet, I'autobiographie de Tournier, "un relent de degout pour la feminite" (330).(1)

On cite souvent la carence de femmes dans les romans de Tournier.(2) Si femmes il y a, elles se bornent a vivre dans l'ombre des hommes, jouant des roles stereotypes. Rachel, par exemple, dans Le Roi des Aulnes, est l'amante insatiable, dedaigneuse, symbolisant "l'immense frustration des femmes, sans cesse fecondees, jamais comblees" (21). Quant au role de la mere feconde, celui-ci est joue par la mere de Robinson Crusoe, qui surgit dans les souvenirs de son fils portent ses six enfants, "tel un arbre ployant sous l'exces de ses fruits" (Vendredi 108), ou bien par Maria-Barbara dans Les Meteores, "l'alma genitrix dans toute sa sereine grandeur" (39).

Les critiques feministes de l'auteur furent exacerbees sans douse par le manque d' innovation stylistique de ses recite, bien enracines dans la tradition realiste ou naturaliste. En effet, pour ce qui est de la forme de ses romans, Tournier evoque comme devanciers des romanciers du dix-neuvieme siecle bien representifs de la tradition masculine du canon litteraire: Flaubert, Zola et Huysmans.(3)

Toutefois, on peut montrer que Tournier ne s'inscrit nullement dans une lignee romanesque perimee. Il s'assigne comme but "de faire passer [ ... ] dans une forme aussi traditionnelle, preservee et rassurante que possible une matiere ne possedant aucune de ces qualites" (Le Vent Paraclet 195). Il ne se contente pas d'imiter platement ses "patrons", choisissant au contraire de subvertir leur realisme "par un paroxysme de precision et de rationalisme, par hyperrealisme, hyperrationalisme" (Le Vent Paraclet 114), comme les peintures surrealistes ou les nouveaux romanciers. Un des moyens par lequel il accomplit cet objectif et se distance des realistes est en donnant la parole narrative a ses personnages, "laiss[ant] libre cours a la folie raisonneuse et systematique" (116), passant du recit objectif de la troisieme personne au discours personnel d'un "je" narrateur qui echappe souvent a son auteur.(4)

Bien qu'il ne l'ait jamais pretendu, on peut done dire que Tournier est l'un des plus illustres romanciers "postmodernes", surtout si l'on considere, comme A. Kibedi Varga (18), que l'un des traits principaux du recit postmoderne est une ironic qui consiste a reecrire l'histoire. Ceci est une des marques les plus caracteristiques du roman tournierien, comme le note Varga:

[L]'oeuvre de Tournier peut etre consideree comme une vaste tentative

de reecriture d'histoires preexistantes, celle du capitalisme naissant

dans Vendredi, celle de la collaboration avec l'Allemagne nazie dans Le

Roi des Aulnes,--aboutissant toutefois, comme chez le Pierre Mesnard

de gorges, a une reecriture plus humble et plus totale encore: ayant

choisi, dans Le Medianoche amoureux, des recite et des contes banals

qui frolent le Kitsch, le narrateur se contente de faire semblant de,

litteralement, les repeter. …

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