Academic journal article Nineteenth-Century French Studies

Splendeurs et Miseres De L'architecture Des Rougon-Macquart

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Splendeurs et Miseres De L'architecture Des Rougon-Macquart

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   Il n'est pas d'oeuvre humaine qui ne contienne en germe,
   dans son sein, le principe de sa dissolution.

--Eugene Viollet-le-Duc, Dictionnaire Raisonne de l'architecture francaise

L'architecture est un faire et un etat, un batir et la qualite structurelle du bati. En tant qu'action, elle est soumise a un projet de composition spatiale d'un individu comme tout roman d'Emile Zola etait precede de son dossier preparatoire. En tant qu'aboutissement de ce projet, l'architecture est a la merci du regard qui en contemple les divers aspects et des conditions de visibilite qui caracterisent le moment de l'observation. Encore, en tant qu'action et projet, l'architecture est un procede de distinction, un effort vers l'introduction de seuils et de limites dans l'espace:

l'architecture est a l'espace ce que le recit est au temps, un mode semiotique de"mise en configuration" permettant de penser l'impensable (l'espace, le temps), de donner forme a l'amorphe, d'imposer du discontinu, de l'intrigue, et des orientations a l'heteroclite du reel. (Hamon 37)

L'architecture est ce decoupage qui rend l'espace romanesque dicible, decoupage par les murs ou par les portes, decoupage qui ouvre ou qui ferme, qui separe en reliant et qui joint tout en designant le lieu de la jonction, decoupage enfin qui rassemble, qui impose des bornes a l'infini.

L'architecture est aussi ce qui resiste au temps. Le bati defie la fatalite de la dispersion. Le monument architectural est ce qui reste quand les humains ont disparu, tel l'hotel Beraud de La Curee, modele de perennite et de constance, assise au "luxe inusable" (400) toujours la apres les departs consecutifs de ses occupants, offrant, par la fenetre de "la chambre des enfants" le meme paysage urbain inchange alors que toute vie s'est dissipee au sein de l'hotel, apres que "les joies de [l']enfance [de Renee] se [soient] envolees" (598). Jusqu'au debut du XIXe siecle, d'ailleurs, la solidite du batiment etait un des trois principes auxquels etait soumise toute appreciation de l'objet architectural. (2) L'architecture est un procede intradiegetique d'encadrement ainsi qu'un defi eventuel a la volatilite du reel et a la dissipation du monde.

Les descriptions de paysages urbains, architecturaux, abondent dans l'ensemble des Rougon-Macquart, la plus frappante etant, bien sur, celle en cinq volets d'Une Page d'amour. Les edifices jouent par ailleurs un role central dans bien des romans, grand magasin du Bonheur des dames, halles du Ventre de Paris, cathedrale du Reve et immeuble de Pot-Bouille. Les personnages d'architectes eux-memes sont recurrents dans l'oeuvre de Zola. Dans Pot-Bouille, c'est Campardon, architecte diocesain, qui fait visiter l'immeuble au nouvel arrivant Octave. Dans L'OEuvre, la premiere rencontre d'artistes, au deuxieme chapitre du roman, reunit l'architecte Dubuche, le peintre heros Claude et l'ecrivain Sandoz. Enfin, les heroines zoliennes sont particulierement ferues d'architectes avec lesquels elles s'engagent souvent dans des alliances. La metamorphose de la comtesse Sabine dans Nana va ainsi de pair avec la soudaine presence d'un architecte dans sa demeure (1419). De meme, lorsque Nana devient "une femme chic" (1346) qui possede dorenavant son hotel, la figure de l'architecte se profile encore. L'oeuvre des Rougon-Macquart a meme son "architecte en chef," (3) Frantz Jourdain, qui fournit a Zola des notes sur la situation des architectes ainsi que sur le deroulement de leur formation academique, peu touchee par les mouvements modernes qui secouent les autres arts. C'est Frantz Jourdain egalement qui fait le plan de la maison du Reve et qui concoit le projet du Bonheur des dames.

Les textes de Zola ont cependant suscite peu de travaux consacres proprement a l'architecture. Certains traitent de La Curee et consistent en un va-et-vient entre l'Histoire et le roman, entre l'haussmannisation et les speculations urbaines des personnages, (4) suggerant meme parfois des rapprochements non seulement entre Haussmann et Saccard mais aussi entre le prefet de Paris et Zola (Lethbridge 85-96). …

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