Academic journal article Nineteenth-Century French Studies

Rachilde Ou la Genese (Possible) De Monsieur Venus

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Rachilde Ou la Genese (Possible) De Monsieur Venus

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Malgre son importante production litteraire, Rachilde est encore souvent associee a une seule et meme oeuvre: Monsieur Venus, roman materialiste. C'est a ce roman, qui fit scandale lors de sa parution en 1884, qu'elle doit sa reputation de romanciere sulfureuse. Si celle-ci semble avoir assume ce titre, "[Monsieur Venus] oeuvre qu'[elle] ne renie pas et qu'[elle] prefere a [ses] autres oeuvres, parce que les meres preferent generalement les fils bossus aux fils droits" (Dauphine 53), on peut s'etonner qu'elle ait, jusqu'a la fin de sa vie, multiplie les justifications pour en expliquer la genese.

Rachilde a donne pas moins de quatre versions: notre etude les passera toutes en revue afin de degager les elements recurrents et les differences. Si cette comparaison ne pretend pas demeler la verite des inventions de l'auteure, elle entend fournir un debut de reponse aux nombreuses questions soulevees par l'ecriture de Monsieur Venus. Jetant un eclairage nouveau sur sa jeunesse parisienne, une periode encore fort mal connue, notre reflexion s'interessera egalement a la strategie developpee par Rachilde pour escamoter la veritable genese de cette oeuvre. Nous ne manquerons pas, en dernier lieu, de s'interroger sur les raisons qui ont pousse cette femme de lettres a garder, jusqu'a la fin de sa vie, secretes les origines de son roman.

MONSIEUR VENUS SELON RACHILDE

Avant de s'appeler Rachilde, la romanciere se nommait Marguerite Eymery (1860-1953). Native du Perigord, elle est la fille unique de Joseph Eymery, capitaine de cavalerie et de Gabrielle Feytaud, issue de la grande bourgeoisie provinciale. Elle commence a ecrire vers douze ans; a dix-sept ans, une premiere fiction, La Creation de l'oiseau mouche (legende), parait dans L'Echo de la Dordogne du 23 juin 1877. Plusieurs textes suivront, recenses par Christian Soulignac dans son article "Ecrits de jeunesse de Mademoiselle de Venerande." Forte de ses succes locaux, mais egalement touchee par la ruine (ses parents ont, en effet, du vendre leur propriete), Rachilde s'installe a Paris pour debuter dans les lettres. Elle est accompagnee, en cette annee 1879, de sa mere. Grace aux nombreuses relations familiales et amicales de cette derniere, Rachilde participe au lancement de L'Ecole des femmes, un journal feminin dirige par une cousine, Marie de Saverny. Des le premier numero, date du 5 juin 1879, la jeune fille assure le feuilleton hebdomadaire avec La Dame des Bois. Elle y donne regulierement des contes, des nouvelles: Un drame, dedie a Mlle E. Feytaud, Une histoire bretonne, L'Etoile filante' ... Par l'entremise, une fois encore, de sa mere et de sa cousine, Rachilde rencontre Sarah Bernhardt, puis Arsene Houssaye. Celui-ci se charge de prefacer son premier roman, Monsieur de la Nouveaute, publie chez Dentu en 1880. Si Rachilde considera toujours ce titre comme un echec, il "lui rapporta deux ans apres son apparition 256 francs!" (Finn 169), une de ses consoeurs et amies, Camille Delaville, parle au contraire d'un "vrai succes" dans La Presse du 7 janvier 1885. Il faut attendre 1884 pour que la jeune femme signe un nouveau roman: il s'agit de Monsieur Venus, roman materialiste. Edite a Bruxelles chez Auguste Brancart, specialise dans la litterature erotique, cette oeuvre connait de nombreux avatars avant de paraitre sous sa forme definitive en 1889. C'est cette version, en effet, qui sera republiee en 1977 par Flammarion. Dans sa preface qui accompagne la traduction de Monsieur Venus, Melanie Hawthorne a expose les caracteristiques des editions successives; nous nous permettons ici de reprendre certains elements necessaires a notre reflexion. La premiere edition est presentee comme la collaboration de Rachilde et de Francis Talman, elle offre une preface de quatre lignes signee des initiales des co-auteurs et sa couverture porte une citation de Catulle Mendes: "Etre presque une femme, bon moyen de vaincre une femme" (Hawthorne XXVI). Le parquet de Bruxelles fit saisir l'ouvrage, condamna Rachilde a deux ans de prison--qu'elle ne fit pas- et a deux mille francs d'amende--qu'elle ne paya jamais. …

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