Academic journal article Quebec Studies

L'epopee Des Ameriques-Miron, Cesaire, Saint-John Perse

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L'epopee Des Ameriques-Miron, Cesaire, Saint-John Perse

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Dans un magnifique hommage a Gaston Miron, Henri Meschonnic a celebre dans L'Homme rapaille "l'epopee de l'amour." Au lecteur familier de l'histoire quebecoise, le mot epopee evoque d'abord la poesie patriotique et messianique du dix-neuvieme et du debut du vingtieme siecle, decouverte par Miron des l'adolescence--"Le Drapeau de Carillon" d'Octave Cremazie ou La Legende d'un peuple de Louis Frechette--, ou la poesie du "terroir"--A l'ombre de l'Orford d'Alfred DesRochers. La thematique amoureuse, peu representee avant la Revolution tranquille, ne semble guere avoir de place dans un univers heroique domine par les vaillants soldats de la guerre contre les Anglais, les pretres missionnaires, les forestiers, et les paysans.

Mais, qu'on ne s'y trompe pas, le mot epopee n'est pas ici une simple metaphore. Il s'agit bien de l'epopee comme genre historique, politique, "national," dans ses relations improbables--du moins au Quebec--avec l'amour, le theme lyrique par excellence. (1) L'interet de la lecture de Miron par Meschonnic est justement de rapporter l'amour au politique. Comme chez Eluard ou Aragon, "il n'y a pas, ici des poemes-d'amour, par oppose a des poemes politiques," "c'est d'etre cette marche a l'amour qui fait que ces poemes sont politiques" (99). L'alliance du lyrisme amoureux et de l'engagement politique en vue de "fonder une poesie nationale," Meschonnic l'appelle epopee. Dans l'epopee ainsi comprise, la poesie est rendue a l'oralite, c'est-a-dire au rythme comme "physique du langage" (99).

Fidele a une conception totalisante non dualiste, totalisante et "materialiste" de la poesie comme "forme-sens," Meschonnic choisit l'oeuvre de Miron pour dementir superbement les "cliches" qui constituent selon lui la "vulgate" d'une poesie moderne reduite au lyrisme de la subjectivite, et ou le lyrique s'oppose donc a l'epique de la communaute, "l'intime" a "l'ethique" et au "politique': "Or s'il y a aujourd'hui, une poesie qui reduit a rien les idees toutes faites sur le lyrisme, sur l'epopee, et sur leur opposition, c'est bien la poesie de Gaston Miron" (98). Meschonnic, grand lecteur de Hugo, d'Eluard, de Frenaud, mais aussi de Saint-John Perse, fait la preuve d'une vraie empathie avec l'oeuvre de Miron, tout en la rapportant a sa propre theorie de la poesie, du langage, du rythme, qui est "politique" autant que "poetique."

Meschonnic ne s'en prend d'ailleurs pas au lyrisme comme tel, a la maniere des poetes du courant "litteraliste," ou des ecrivains de la "modernite negative" et de leurs theoriciens des annees 1960-70, aussi eloignes de la poesie de Miron que de la "critique du rythme" de Meschonnic, mais d'en ouvrir et d'en elargir la notion, pour l'unir etroitement a l'epique, et donc au politique:

   On a aussi oppose la poesie d'engagement politique a une poesie de
   l'intime [...] Maiakovski, comme Eluard, sont des exemples pour
   l'inanite d'opposer le sujet du poeme au politique. Il suffit d'y
   penser, les exemples se multiplient, d'Agrippa d'Aubigne a Hugo, de
   Dante a Whitman, ou Ritsos. Tenir l'un par l'autre, ensemble au
   lieu de les opposer, l'intime et le politique, le lyrisme qui a
   'pour contenu le subjectif, le monde interieur,' et l'epopee --'La
   poesie lyrique est a l'oppose de l'epique'--que Hegel definissait
   par 'le deroulement d'une action objective s'elargissant jusqu'aux
   limites du monde,' c'est ce que montre le titre meme, chez Miron,
   de 'La marche a l'amour.' (98)

Certes, rien de bien nouveau, en apparence, dans l'article de Meschonnic, d'ailleurs paru dans une remarquable livraison de la revue Etudes francaises consacree au "poete dans la cite." La critique quebecoise s'est attachee depuis longtemps a etudier cette intrication du personnel et du collectif, du lyrisme amoureux et de l'engagement nationaliste, sans negliger la dimension epique, etudiee par exemple par Claude Filteau, qui s'inspire d'ailleurs largement de Meschonnic, dans son essai L'espace poetique de Gaston Miron. …

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