Academic journal article Mosaic (Winnipeg)

Recits De Voyageuses En Afrique Du Sud et Conquete Du Corps Victorien

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Recits De Voyageuses En Afrique Du Sud et Conquete Du Corps Victorien

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Dans la Grande-Bretagne du XIXe siecle, la montee du feminisme se noue sur fond de ruee vers l'Afrique : << Now-a-days [...] a hundred women travel to one who ventured from the security of her roof tree in bygone days >>, affirme Lillias Campbell Davidson (1). A l'instar de l'exploration, les plumes feminines s'insinuent davantage dans le domaine des lettres a partir de la fin du XVIIIe siecle (Showalter, Literature 16-17). La publication de recits feminins de voyage augmente sensiblement a partir des annees 1870. La liste dressee par Theakstone, 1,441 titres parus entre 1837 et 1910, montre que plus de la moitie d'entre eux (environ 54 %) ont ete publies entre 1870 et 1900, avec une acceleration de la publication entre les annees 1870 et 1890 (une augmentation de 71 % ; 162 titres entre 1870-79 et 277 entre 1880-89). Le recit de voyage devient un genre tres prise en Grande-Bretagne (Kirkpatrick 16) et la personnalite du voyageur son element fondamental.

L'engouement des femmes pour l'ailleurs s'ordonne autour de deux poles. Le journaliste et critique victorien Davenport Adams leur assigne un desir d'emancipation : << Fettered as women are in highly civilized countries by restraints, obligations and responsibilities, which are often arbitrary and artificial [...] it is natural enough that when the opportunity offers they should hail even a temporary emancipation through travel >> (11). Daniel Bivona decele, en la montee de l'interet pour l'exotique et le primitif durant la deuxieme moitie du XIXe siecle, un desenchantement sur tous les aspects conventionnels de la vie de la classe moyenne victorienne. L'ecriture du voyage distille ces memes essences, impliquant, dans le sillage du mouvement physique et de la distanciation sociale, un deplacement identitaire : << There is a strong metaphoric relation between travel and freedom as movement in women's writing [...] [which] suggests that there is a desire for a different spatial relation between self and the world, and an identity that is not anchored to home as fixed location >> (Fullagar 72).

Les voyageuses projettent moins l'ombre du flaneur que celle du pelerin, figure emblematique de l'insatisfaction et du denigrement du hic et du nunc.1 Ce pelerin se deplace sur un echiquier imperial, territoire a la fois double (par la colonisation) et intermediaire (par l'evasion [emancipation / desenchantement]), ou la distribution de pouvoir (relation au monde) oscille entre conservatisme et reformisme. La figure est presente dans le recit de Florence Dixie, qui effectue un << pilgrimage of inquiry >> (396) dans un Zululand recemment occupe par les Britanniques.

Le pelerinage suppose un corps sensible ou a sensibiliser, comme la peregrination une route labyrinthique avec un passage transcendant. La corporalite est un theme d'autant plus interessant a explorer que l'anatomie et la physiologie feminines sont mieux cernees vers la fin d'un siecle de mouvance phenomenologique. (2) Cette etude portera sur la corporalite des voyageuses, exposee dans les lignes d'un voyage de deterritorialisation entre convenance et impudence, profane et sacre, menant a la recherche de la Surfemme. La dichotomie de la figure de l'exces qui emerge alors inscrit l'ailleurs symbolique dans des contours carnavalesques.

Nous analyserons des recits de voyage ecrits par des femmes d'origine britannique et publies en Grande-Bretagne a l'epoque victorienne. Si dans le domaine de la recherche sur la litterature viatique l'Afrique a ete au centre de nombreuses publications, en particulier l'Afrique noire, l'Afrique du Sud ne semble pas avoir vraiment attire l'attention des dix-neuviemistes. En outre, contrairement a l'Inde, qui fascine l'imaginaire victorien, l'Afrique du Sud ne jouit pas d'une grande popularite : l'emigrant britannique lui prefere les Etats-Unis et les colonies d'Amerique du Nord avant la decouverte de sites diamantiferes (Griqualand) a la fin des annees 1860 et des mines auriferes (Witwatersrand) vingt ans plus tard. …

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