Academic journal article The Romanic Review

Lynn Forest-Hill. Transgressive Language in Medieval English Drama, Signs of Challenge and Change

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Lynn Forest-Hill. Transgressive Language in Medieval English Drama, Signs of Challenge and Change

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Lynn Forest-Hill. Transgressive Language in Medieval English Drama, Signs of Challenge and Change. Aldershot--Burlington (USA)--Singapour--Sydney: Ashgate, 2000. Pp. 215.

Peches de la langue : les etudes de C. Casagrande et S. Vecchio ont montre comment l'usage inconsidere du langage et de son organe, la bouche, ouvrait la porte a l'ensemble des vices guettant le pecheur. Parler, dans les societes anciennes, c'est se soumettre a des regles juridiques et, plus generalement, a des usages sociaux qui tentent d'encadrer les conduites personnelles et collectives. Le jeu dramatique, qui connait un fort rayonnement en Europe de l'Ouest entre le XIVe et le XVIe siecle, est le lieu privilegie de ce questionnement.

L'ouvrage de L. Forest-Hill explore les mises en scene des <> a travers plusieurs traditions dramatiques en moyen anglais. Il invite a relire, a travers ce prisme, un ensemble de textes dont la celebrite dans les pays anglophones n'a d'egale que la meconnaissance chez la plupart des historiens du theatre d'expression francaise. Le corpus anglais est certes d'une ampleur tres differente--les trois Macro plays du XVe siecle et les trois morality plays du XVIe siecle ici etudiees forment l'essentiel des moralites anglaises, alors que cent-vingt pieces de la meme epoque sont conservees sous ce nom pour les espaces francophones. Mais cette rarete est source d'une coherence thematique et formelle qui autorise les etudes comparees avec d'autres arts dramatiques. C'est a une telle comparaison que se livre L. Forest-Hill, etudiant l'usage du langage transgressif dans les biblical plays et morality plays du royaume d'Angleterre, entre le XIVe siecle et les annees 1530-1540.

Les premisses de l'enquete (chapitre 1) s'enracinent dans la regulation des discours que proposent a la fois les theologiens--saint Thomas d'Aquin est pris comme etalon--, les predicateurs et les juristes contemporains. Ce dernier point est aborde rapidement, mais il est d'une importance capitale, dans la mesure ou de nombreux dramaturges europeens ont joui, jusqu'au XVIIIe siecle, d'une formation de juriste. En pretant interet a ce contexte, le livre de L. Forest-Hill se situe dans un courant critique qui, en France, a ete illustre peu apres par l'historien du theatre Christian Biet (Droit et litterature sous l'Ancien Regime. Le Jeu de la valeur et de la loi, 2002). L'usage du langage est en effet l'indice revelateur de la conduite des hommes ici-bas : il situe socialement le locuteur, tout en montrant son ethos et ses efforts vers le perfectionnement moral. Les arts sceniques sont sensibles au double etalonnage que l'usage de la parole offre des personnages, puisqu'ils cherchent a la fois la qualification efficace (reconnaitre un actant par son langage) et la surprise de l'ecart (statut social n'equivaut pas toujours a statut moral).

De facon assez attendue (chapitre 2), la transgression langagiere signale en scene une forme de marginalite. Leur humble statut social autorise les villains et les fools a user de grossieretes. Les injures des diables relevent de la meme caracterisation, transposee sur le terrain spirituel. Cependant la dissonance peut etre plus inquietante : la bonne parole portee par les personnages positifs peut etre mise en doute par les criailleries des opposants diaboliques. Les incarnations attendues de la vertu, tels les puissants de la terre, sont guettees par des vices qui les rongent, degradant peu a peu leurs discours. Enfin, notamment dans les morality plays, l'usage ponctuel d'une parole transgressive chez un personnage d'autorite reflete la degradation, non de lui-meme, mais de son interlocuteur. L'insulte devient alors l'arme du vitupere dans le mode epidictique.

Le chapitre 3 se penche sur la tradition des biblical plays qui, inspirees de sources testamentaires ou hagiographiques, relevent d'un art dramatique qu'A. Knight a appele les <> (Aspects of Genre in Late Medieval French Drama, 1983 ; l'ouvrage n'est pas cite, bien que ses analyses soient convergentes avec les pistes proposees ici ; signe que la rencontre entre specialistes de la meme discipline, ecrivant dans la meme langue, travaillant sur des oeuvres contemporaines mais de langue differente, laisse encore a desirer). …

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