Academic journal article Canadian Journal of Latin American & Caribbean Studies

Autonomie et Developpement En Territoire Zapatiste: La Participation Citoyenne Au Coeur D'une Experience De Resistance

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Autonomie et Developpement En Territoire Zapatiste: La Participation Citoyenne Au Coeur D'une Experience De Resistance

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En fevrier 2008, une commission civile internationale d'observation des droits humains publiait, suite a sa sixieme visite officielle sur le terrain, un rapport sur la situation des mouvements sociaux dans certaines regions du Mexique. Dans son rapport sur le Chiapas, elle faisait etat « de processus d'organisation sociale » et de « revendications collectives organisees ». (1) Elle mentionnait, entre autres, l'experience zapatiste sur laquelle je me pencherai dans cet article.

Dans certains cas, la mobilisation collective depasse la dimension revendicative pour miser sur des reponses d'autotutelle des droits. La construction des autonomies autochtones des communautes zapatistes represente, sans aucun doute, l'exemple le plus avance puisqu'elle genere des espaces propres de participation sociale, economique et politique dont l'intensite deborde les referents institutionnels et confronte de profondes dynamiques de domination culturelle toujours existantes. (CCIODH 2008)

Un livre publie par une organisation de femmes zapatistes et racontant leur histoire va dans le meme sens. On y apprend que certaines femmes zapatistes sont organisees en divers travaux collectifs permettant, par exemple, l'agriculture, l'horticulture ou encore la mise sur pied de boulangeries ou de magasins generaux, geres collectivement (Organizacion de Mujeres Zapatistas « Companera Lucha » 2004). L'importance de l'organisation collective pour ces femmes est soulignee par des temoignages insistants tous sur l'amelioration de la qualite de vie grace a ces regroupements. L'une d'elles temoigne : « Nous sommes contentes parce que nous cherchons nous-memes la maniere de nous en sortir » (idem : 45).

Ainsi, au-dela de l'action collective largement mediatisee, ce que les autochtones zapatistes vivent au quotidien sur leur territoire autonome represente une experience d'autodetermination particuliere, sans doute assez loin de l'image romantique souvent vehiculee. Les zapatistes experimentent, depuis bien avant 1994, un long processus visant a rassembler les fils d'un tissu social eprouve. Par des pratiques socioterritoriales qu'ils concoivent, ils cherchent a ancrer leur action collective dans la transformation de la realite sociale. Les mouvements socioterritoriaux, comme le mouvement zapatiste, utiliseraient consciemment leur specificite geographique dans une recherche d'appropriation sociale (Martin 2001), en se deployant a plusieurs echelles et en creant ce que certains appellent une « nouvelle territorialite sociale » (Algranati et al. 2004).

Pour Di Meo (1998), le territoire represente l'incontournable mediateur spatial de toute vie sociale. Il se fabrique au fil des cheminements des individus et des societes et prend forme, sous leurs actions spatialisees, afin de repondre a differentes fonctions. Il rend compte de l'insertion de chacun des individus au sein d'un groupe et participe, de ce fait, a la construction de l'appartenance et de l'identite collective des individus. Il traduit donc une dimension eminemment politique. Ainsi, l'apparition d'une nouvelle territorialite sociale participe a l'ancrage et a la restructuration de communautes marginalisees. L'autonomie represente un mecanisme privilegie de creation de cette nouvelle territorialite sociale, pour les zapatistes comme pour plusieurs autres communautes autochtones. Toutefois, cette autonomie ne se fait pas sans tensions, conflits, contradictions et exclusions. Il s'agit d'un long apprentissage a travers lequel des erreurs se repetent et des alternatives s'inventent constamment.

Il ne peut donc qu'etre interessant de suivre les avancees et les reculs de ce cheminement. Pour ma part, ce qui m'interesse d'observer de cette experience est le lien entre l'autonomie zapatiste et les espaces de participation qu'elle cree. Il semble que ces espaces propres entrainent de nouvelles pratiques sociales, economiques et politiques de participation citoyenne qui defient l'exclusion dans laquelle etaient plongees ces populations autochtones. …

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