Academic journal article Alif: Journal of Comparative Poetics

Marcher Dans le Desert : Etude Comparee Du Motif De la Marche Dans Desert De le Clezio et Les Baliseurs Du Desert De Nacer Khemir

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Marcher Dans le Desert : Etude Comparee Du Motif De la Marche Dans Desert De le Clezio et Les Baliseurs Du Desert De Nacer Khemir

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Marcher, c'est repousser ses limites, celles de son propre corps et celles de l'horizon que l'on poursuit. Depuis la modernite, pieton, pelerin, manifestant, errant, flaneur et autres figures du marcheur traversent l'histoire de l'art et de la litterature, donnant "a l'humanite en marche une situation dans le monde" (Davila n. pag.). L'homme qui marche de Giacometti n'est pas qu'une sculpture celebre, c'est aussi une oeuvre d'art qui marque une epoque par un motif: le deplacement pedestre devenu l'instrument d'une volonte historique et d'un geste conquerant.

Marcher c'est aussi pratiquer une route : boulevards, sentiers, grandes voies, etc. La nature de la route determine son usage et lui donne sa specificite physique et sa couleur metaphorique. Dans cette diversite d'espaces offerts a la deambulation, nous avons choisi d'etudier la marche dans le desert, objet de representation qui a nourri une longue tradition d'ecriture dont les textes se tissent en reseau depuis Herodote. Recits de voyage, journaux, romans, poemes, autobiographies, recits historiques, films de fiction et documentaires se poursuivent d'un siecle a l'autre et jalonnent une ample histoire de l'ecriture du desert et de sa pratique voyageuse. Deux oeuvres oU se conjuguent le theme du desert et le motif de la marche feront l'objet de cette etude : un roman, Desert (1980) de l'ecrivain francais J.-M.-G. Le Clezio, (1) et un film, Les baliseurs du desert (2) (1984) du cineaste tunisien Nacer Khemir. (3)

Dans le roman de Le Clezio, deux recits s'entrelacent. Le premier est associe a un espace : le desert marocain, a un temps : les annees 1909-1913, et a une histoire : la fuite des tribus des hommes bleus devant l'armee coloniale francaise. Cette histoire se noue autour du personnage de Nour, jeune garcon temoin de l'aventure collective de son peuple. Quant au second recit, il se deroule a l'epoque moderne pendant les annees soixante et soixantedix. Ce recit est centre sur un personnage feminin, la jeune Lalla, descendante des hommes bleus, nee dans le desert, mais qui connait les miseres de l'immigration en fuyant le Maroc vers la France, puis en effectuant un voyage de retour aux origines dans le desert marocain.

Dans une narration cinematographique complexe, nous suivons, dans Les baliseurs du desert, un instituteur tunisien nomme dans un petit village au milieu du desert. La, il decouvre un monde mysterieux coupe du temps et de l'espace oU des jeunes, pousses par des forces inconnues, quittent leur village pour errer dans le desert dans une quete enigmatique. Des rencontres reelles et irreelles accompagnent l'entree progressive de l'instituteur dans cet univers de reves qui finira par l'engloutir. Hussein, un jeune garcon que le recit va souvent suivre, regarde toutes ces aventures et s'interroge sur le destin des baliseurs. Il finira par quitter lui aussi le village.

Dans les deux oeuvres, le desert se presente comme un espace d'errance traverse par une marche qui n'est pas un simple deplacement fonctionnel, mais un motif (4) articulant un rapport de l'etre au monde, ainsi qu'une unite fondamentale de la structure narrative propre a la representation du desert. Par-dela la difference des mediums artistiques et des aires culturelles auxquelles appartiennent les deux oeuvres, certaines analogies thematiques et structurelles justifient leur mise en parallele. Ici et la, nous retrouvons certaines constantes relatives a la representation du desert : une structure narrative du recit fondee sur l'inflation du repetitif et l'affaiblissement du narratif, des espaces desertiques que nourrissent des fantasmes et des legendes, une errance qui possede une dimension existentielle et ce contraste entre mobilite et immobilite, entre plenitude et neant qui revele un trait commun a l'ecriture poetique du desert.

Dans cet entrecoupement des zones textuelles, nous nous arreterons a l'etude du motif de la marche. Celui-ci presente un lieu paradoxal figurant une dialectique du mobile et de l'immobile. …

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