Academic journal article Romance Notes

Montesquieu et L'interiorisation De la Religion

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Montesquieu et L'interiorisation De la Religion

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LES diverses opinions offertes sur la pensee religieuse de Montesquieu se contredisent de facon assez etonnante. "That he was a dutifully conforming Catholic there is no real reason to doubt," ecrit Roger Oake en 1953 (560), contrastant avec l'observation d'un milord anglais qui connaissait Montesquieu personnellement: "Certainement, il n'est pas catholique, mais je n'ai aucune raison de croire qu'il ne soit pas chretien" (Hardy 37). D'autres voient dans les ecrits de Montesquieu une doctrine deiste (Curley 301) et meme des tendances jansenistes (Shackleton 288). Emile Faguet les oppose tous en accordant a Montesquieu "l'ame la moins religieuse qui soit" (142).

Afin d'y trouver quelques eclaircissements a ce sujet, regardons de pres les Lettres Persanes, dont la lettre XLVI d'Usbek reflete les deux grands commandements du Nouveau Testament--d'aimer Dieu et son prochain: "En effet, le premier objet d'un homme religieux ne doit-il pas etre de plaire a la Divinite, qui a etabli la religion qu'il professe ? ... [E]n quelque religion qu'on vive, des qu'on en suppose une, il faut bien que l'on suppose aussi que Dieu aime les hommes ... [et] que s'il aime les hommes, on est assure de lui plaire en les aimant aussi" (Montesquieu, Lettres 83). Usbek continue en critiquant les rites et les ceremonies souvent lies a la religion: "Par la, on est bien plus sur de plaire a Dieu qu'en observant telle ou telle ceremonie: car les ceremonies n'ont point un degre de bonte par elles-memes; elles ne sont bonnes qu'avec egards et dans la supposition que Dieu les a commandees" (Montesquieu, Lettres 83). Tandis que beaucoup de protestants reformateurs cherchaient a supprimer les ceremonies et les ordonnances de l'Eglise, qu'ils voyaient comme trop ostentatoires et inutiles, Montesquieu admet, dans ce passage, qu'il y a du merite dans ces pratiques, pourvu qu'elles soient faites "avec egards" et "dans la supposition que Dieu les a commandees."

Dans son Esprit des Lois Montesquieu dit meme que "[l]e desir naturel de plaire a la Divinite multiplia les ceremonies" parmi les premiers hommes (OEuvres Completes 417). Cette plethore de ceremonies que critiquaient les reformateurs a ses racines, selon Montesquieu, dans un desir louable de plaire a Dieu. Ainsi, ce n'est pas la multiplicite des ceremonies dont il est reellement soucieux, mais plutot la devotion qui doit accompagner ces ceremonies. Si le desir de plaire a Dieu accompagne la pratique religieuse, cette pratique devient alors utile au croyant. Montesquieu s'oppose ainsi a la doctrine catholique qui insiste sur la puissance salvatrice innee de certains rites et de certaines ordonnances, quand il declare que ces ceremonies "n'ont point un degre de bonte par elles-memes." Mais il contredit en meme temps la notion de certains protestants que ces ceremonies n'ont aucune valeur religieuse, meme pas en tant que vehicule de l'expression exterieure de piete interieure.

Une autre raison pour laquelle les ceremonies ne peuvent point avoir de pouvoir en elles-memes, selon Montesquieu, c'est que tout le monde n'a pas l'occasion juste et equitable d'apprendre quelles sont ces ceremonies salvatrices. Usbek pose les questions suivantes:

Que penses-tu des Chretiens, sublime dervis? Crois-tu qu'au jour du Jugement ils seront comme les infideles Turcs, qui serviront d'anes aux Juifs et les meneront au grand trot en Enfer? Je sais bien qu'ils n'iront point dans le sejour des Prophetes, et que le grand Hali n'est point venu pour eux. Mais, parce qu'ils n'ont pas ete assez heureux pour trouver des mosquees dans leur pays, crois-tu qu'ils soient condamnes a des chatiments eternels, et que Dieu les punisse pour n'avoir pas pratique une religion qu'il ne leur a pas fait connaitre? Je puis te le dire: j'ai souvent examine ces Chretiens; je les ai interroges pour voir s'ils avaient quelque idee du grand Hali, qui etait le plus beau de tous les hommes: j'ai trouve qu'ils n'en avaient jamais oui parler. …

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