Academic journal article Applied Semiotics/Semiotique appliqué

Entre Ordre et Chaos, Les Sens En Tension

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Entre Ordre et Chaos, Les Sens En Tension

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Introduction

Il est reconnu que le monde l'art regorge d'Luvres picturales, installatives ou sculpturales etranges, parfois inquietantes. Affublees de qualificatifs qui les placent dans un hors du commun, ces Luvres deconcertent. Souvenons-nous par exemple des hommes-poissons dans Les merveilles de la nature de Rene Magritte. Dans un autre genre, la serie des Geants de David Altmejd nous devoile des univers singuliers: les figures iconiques de ces sculptures bizarres s'ancrent dans un champ mytho-poetique tout aussi etonnant. Et si l'aspect extraordinaire n'etait pas uniquement iconique, mais aussi plastique? Comment la semiotique, douce alliee de la psychologie de la perception et des sciences cognitives, permet-elle d'expliquer le role de la dimension plastique dans la destabilisation du spectateur? Nous postulons que l'acte de perception et que le processus de semantisation sont motives par un jeu de tension qui s'observe a partir de la dimension plastique des Luvres et qui, des le surgissement de l'Luvre, s'accentue par un conflit perceptivo-cognitif.

1. Retour sur la theorie

Plusieurs artistes et semioticiens ont jete les bases d'une reflexion theorique ayant permis de distinguer la dimension iconique de la dimension plastique et de demontrer la pertinence de cette derniere, non plus uniquement dans la formation de la figure, mais aussi, et surtout, en soi. Au debut du XXe siecle, Kandinky formulait deja des reflexions sur la materialite des Luvres, jetant ainsi les bases d'une theorie de la plasticite. Mais c'est au Groupe p que l'on doit l'elaboration d'une des typologies les plus fines du signe plastique dans le Traite du signe visuel (1992). Ce groupe developpe une argumentation remarquable qui permet de mieux decrire les signifiants plastiques en trois categories: la forme, la couleur et la texture. Malgre sa rigueur, et a cause d'une structure quasi-linguistique des unites minimales signifiantes, cette methode echoue parfois a homologuer un signifiant a un signifie. C'est pourquoi l'ecole quebecoise rompt avec cette tradition linguistique en offrant une conception topologique qui, au lieu de se limiter a une semiotique-objet, prend en consideration les fonctions semiotiques des points de vue du producteur et du regardeur et ancre ses reflexions aux confins de la psychologie de la perception et de la semiotique visuelle. Au debut des annees 1980, Fernande Saint-Martin postule que si une Luvre est lisible, cela suppose qu'elle est visible, donc que le sujet-receveur serait en mesure d'identifier ce qu'il voit comme etant la manifestation de differentes strategies plastiques et qu'il est capable d'y projeter du sens grace a une experience perceptive anterieure. Cet acte perceptif s'effectue par un processus de scrutation locale d'agregats de stimuli visuels qui, pris en charge par nos recepteurs sensoriels et par les mecanismes perceptifs, feront sens.

Dans cette entreprise, Fernande Saint-Martin donne le nom de << coloreme >> au signifiant plastique. Il constitue l'unite de base de sa semiotique. Le coloreme est << cette region du champ visuel ou converge un point d'ostension, localise aussi bien par la centration du regard que par la direction du doigt rencontrant la surface opaque de l'Luvre >> (SaintMartin, 1987: 5-6). Il est convoque dans l'acte perceptif comme << une gestalt ou une totalite organisee par la perception >> (Saint-Martin, 1987: 7). L'unite de base du langage visuel s'elabore donc comme un ensemble specifique qui se compose des variables plastiques que sont la couleur et la texture, puis des variables perceptuelles qui ont trait a la dimension et a l'implantation dans le plan et la forme. La semioticienne quebecoise precise que toutes les sensorialites sont engagees dans la perception d'une Luvre. Celle-ci ne sollicite pas seulement le visuel, mais aussi toutes les activites polysensorielles. C'est dire que l'Luvre d'art suscite, pour faire sens, un investissement kinesthesique de la part de celui qui produit l'Luvre, tout comme de celui qui la regarde. …

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