Academic journal article Nineteenth-Century French Studies

Elaboration et Dynamique Du Texte Flaubertien: Le Surgissement Du Social(1)

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Elaboration et Dynamique Du Texte Flaubertien: Le Surgissement Du Social(1)

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Le surgissement et l'affieurement du social chez Flaubert relevent essentiellement de trois processus:

1: "Creativite" active ou passive des personnages et de l'auteur: creativite d'Emma, de Deslauriers, de Flaubert lui-meme, qui refont la societe (leur societe) a partir de leur propre parcours social (panoramas, encyclopedisme); (re-) structuration des panoramas; deformation pedagogique du social.

2: Grace a cette activitite, la societe devient du social, elements d'un tout sans homogeneite.

3: Censure et suppression: essentiellement par la fragmentation, et la marginalisation de certains phenomenes sociaux, recyclage de l'Histoire, redefinition de la "globalite".

Certains facteurs troublent pourtant ce beau tableau: entre autres, le caractere essentiellement flottant et defocalise de l'approche que j'adopte ici. Je m'interesse aux tendances et aux remous du texte plutot qu'a des mouvements aux contours trop nets pour etre autre chose que de belles formulations. Ici comme ailleurs, le risque a eviter, c'est le plaquage sur le texte d'un "systeme" d'ecriture ou social (source d'autosatisfactions dont le temps est revolu), un texte etant surtout (comme la societe) un agglomerat de courants aux rapports laches--l'analyse (ce n'est peut-etre pas le terme qu'il faut ["le commentaire"?]) devant se fonder surtout sur des exemples semi-autonomes et aleatoires et des constats anecdotiques,(2) plutot que sur un reseau serre et par trop logique de conclusions et de presupposes. Les vrais phenomenes de societe (texuels ou non) sont de ce cote-la: dans les mouvements browniens ou tout peut se meler plutot que dans les vecteurs specifiques d'une societe qu'on croit saisir des le depart, et qu'il s'agirait simplement de demontrer.(3)

Surtout, je voudrais eviter les analyses microscopiques, les distinctions trop nettes, oiseuses (entre social et societe par exemple)(4) qui n'aboutissent qu'a des abstractions. D'ou mon desir de ratisser large et d'eviter les contraintes artificielles--celles, par exemple d'une lecture purement genetique. Je voudrais plutot privilegier (sans originalite d'ailleurs, car c'est de plus en plus le cas) le va-et-vient d'une lecture sans frontieres reelles, melant eventuellement biographie, et genese, ou le texte perd necessairement une part de son autonomie et de sa specificite. Si donc le texte est forcement l'aboutissement du travail genetique, texte et avant-texte constituent ensemble le champ souvent indifferencie de la reflexion (sociale ou autre) de l'auteur. Version imprimee et avant-texte tissent un reseau sans cesse reformule de motifs qui se font echo et se definissent mutuellement--de meme que c'est leur confrontation avec d'autres textes (eventuellement du meme auteur) et d'autres faits qui leur donne un sens.

Je voudrais eviter ainsi une lecture purement esthetisante (c'est-a-dire anesthesiante), car les romans de Flaubert, loin d'etre de simples jeux de mots et d'images, font surgir sous une forme singuliere une substance vecue a la fois par l'auteur, ses personnages et son lectorat. C'est cette convergence, en fin de compte, qu'il faut privilegier, ainsi que le jugement sur le social qu'elle implique--ce qui a son tour autorise notre jugement et notre evaluation de l'attitude de Flaubert (ou de tout autre auteur).

Balayee donc l'utilite (pratique ou hermeneutique) de l'idee du livre sur rien (qui a la vie dure bien qu'elle ait beaucoup perdu de son pouvoir d'attraction depuis l'effondrement du structuralisme): le livre sur rien ne nous aide pas a mieux lire Flaubert. Flaubert n'a fait que le rever (comme il revait pas mal de choses)-et en fin de compte il n'a pas plus ecrit un livre sur rien qu'il n'a possede un divan en peau de cygne.

En meme temps, discours, texte et notion de textualite sont tres presents: la societe meme "reelle" est conditionnee, c'est l'evidence, par le mouvement du recit et de l'ecriture: remous ou le social sourd dans la dynamique "interferante", changeante et floue du texte et de l'avant-texte. …

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