Academic journal article The Romanic Review

Mythe et Litterature Dans la Part Du Feu De Maurice Blanchot

Academic journal article The Romanic Review

Mythe et Litterature Dans la Part Du Feu De Maurice Blanchot

Article excerpt

J'emploie ici le mot "mythe" a partir de Blanchot, qui, dans La Part du feu (1) se refere au "mythe de Mallarme" comme signe de l'accomplissement d'un langage total, d'un langage qui, realise, serait le silence meme (68). Je ne n'insisterai pas sur la signification du silence chez Mallarme, sinon pour dire que Blanchot fait ici un parallele interessant entre le silence comme langage mythique, inaccessible, et le silence qu'on trouve dans l'operation la plus immediate du langage, l'operation par laquelle le mot rend absente la chose, l'eloigne d'abord, pour la signifier ensuite (2). D'un bout a l'autre des premiers essais de La Part du feu (les essais sur Kafka, Mallarme et Paulhan), Blanchot souligne ce paradoxe du langage litteraire qui consiste en l'absence, d'un cote, du monde et des choses, realisee par le langage, et de la presence, de l'autre cote, de cette absence, glorifiee, dans, et par l'intermediaire des mots. Le langage litteraire est en quete ainsi, du monde des choses, d'ou il tient sa source, et vers lequel il va comme vers une rive impossible a atteindre, en s'elancant vers sa mort: "c'est ce mouvement vers son impossibilite qui est sa condition et qui le fonde" (28).

Si la parole devient possible a partir de la separation du monde des choses, si on parle a partir d'une absence, a partir de la separation de ce qui est pour nous le domaine de l'objectif, l'ecriture tend a "nous liberer de ce qui est" (46), elle tend a objectiver ce qui l'a rendue possible: le desir d'un commencement absolu, le "silence" de Mallarme, un silence qui serait le Paradis perdu et dont la vague memoire est l'ombre de nos mots. Autrement dit: l'ecriture tend a nous liberer du mythe, c'est-a-dire de ce dont elle procede, si elle est, comme dit Blanchot, authentique. Blanchot le dit donc--et il le dit explicitement dans les textes de La Part du feu consacres a Kafka, et indirectement dans "Le Regard d'Orphee" de L'Espace litteraire, dans "Le Chant des Sirenes" du Livre a venir, dans l'exegese de tel ou tel auteur de Faux pas ou de La Part du feu: la litterature commence avec le sentiment du manque de la presence de l'etre, avec la nostalgie du "mythe" dont on est separe.

Si l'essence du langage s'exprime par la distance que nous mettons entre nous et les choses, l'authenticite de la litterature et du recit en particulier est mesurable, elle aussi, selon cette distance. Quand, dans Les Mots et les choses, Foucault parle d'un monde ou, jusqu'au XVIe siecle, les mots et les choses n'etaient pas entierement separes, mais cohabitaient, pour ainsi dire, dans une interpenetration joyeuse, il delimite la pre-modernite selon justement le critere de cette distance non encore accomplie. A partir de Mallarme, Blanchot voit dans toute ecriture un ecart qui exprime l'essence meme du langage, mais, independamment de Mallarme, et, plus tard, sous l'influence de Foucault, il arrive a voir dans cet eloignement, une fidelite de la litterature a l'histoire. Pres de Mallarme, il dit donc:

   Le recit de fiction met, a l'interieur de celui qui ecrit une
   distance, un intervalle (fictif lui-meme), sans lequel il ne
   pourrait s'exprimer. Cette distance doit d'autant plus
   s'approfondir que l'ecrivain participe davantage a son recit. Il se
   met en cause, dans les deux sens ambigus du terme: c'est de lui
   qu'il est question et c'est lui qui est en question--a la limite,
   supprime. (PF 29) (3)

Il n'est pas difficile de saisir derriere ces dernieres lignes, la voix de Mallarme parlant de la disparition elocutoire du poete (4). A premiere vue, il peut paraitre hasardeux de parler de "poesie" et de "recit" comme s'ils etaient la meme chose, mais du point de vue de l'essence du langage, pour Blanchot (dans les textes de La Part du feu que j"analyse, mais aussi dans l'ensemble de son oeuvre) le langage de la prose n'est pas different de celui de la poesie: "un recit ecrit dans la prose la plus simple suppose deja dans la nature du langage un changement important" (79). …

Search by... Author
Show... All Results Primary Sources Peer-reviewed

Oops!

An unknown error has occurred. Please click the button below to reload the page. If the problem persists, please try again in a little while.