Academic journal article The Romanic Review

Les Deux Ameriques d'Aragon

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Les Deux Ameriques d'Aragon

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La perception qu'Aragon a eue des Etats-Unis, depuis son enfance, son adolescence, la premiere guerre mondiale, les annees 20 et 30 et la seconde guerre mondiale, a travers les oeuvres de ses ecrivains, son cinema, la connaissance d'Americaines et d'Americains, les developpements politiques dont il a ete le temoin, et parfois l'acteur, a ete precisement modelee par toute sa vie. Le premier texte de lui ou il est question des Etats-Unis concerne leur cinema (article "Du dcor"(1), paru dans Le Film, de Louis Delluc, du 15 septembre 1918, alors qu'il est sans doute en permission chez sa mere apres les rudes secousses qu'il a subies sur le front, en aout). On y apprend sa predilection pour les serials americains et les Charlot, mais avec des references precises a Edgar Poe. Et ceci nous renvoie forcement a la perception de l'Amerique qu'a pu avoir alors un enfant et un adolescent ne en 1897, a travers les livres (Fenimore Cooper, Jack London, pour ses oeuvres concernant le Grand Nord plutot que Le Talon de fer ou Martin Eden (quand traduits en francais ?) et tant d'autres), mais aussi a travers la presse, les magazines, sous forme egalement de gravures peu a peu concurrencees par la photographie. On me dira que tout cela etait forcement assez folklorique. Sans doute, mais cet ensemble, avec l'irruption en force du cinema americain sur les ecrans europeens au moment ou il entre dans l'adolescence, ne peut pas ne pas avoir marque sa sensibilite et sa perception du monde americain. En 1918, dans cet article, il oppose precisement le realisme des decors des films americains a la convention historico-mondaine de ceux des bandes francaises, a ce moment.

Mais c'est par de jeunes Americains, sejournant dans le debut des annees 20 a Paris, qu'il va concretement faire connaissance avec les U.S.A.: Hannah et Matthew Josephson (21 ans et jeunes maries), d'abord, puis par eux Malcolm Cowley (23 ans) qui avait fait partie du service de sante, dans le corps expeditionnaire americain sur le front francais, en 1917-18. Ils sont parfaitement francophones, mais n'oublions pas qu'Aragon est, de son cote, anglophone : il lit, parle et ecrit un anglais que M. Cowley qualifie, en 1944, de "incorrect and appealing (attachant)", sur la base de ses etudes secondaires, certes, mais aussi du mariage de sa tante Madeleine--sa preferee (La seconde est belle avec ses dentelles, R.I., p. 31)--avec un officier anglais. On sait qu'il traduira, a la fin des annees 20, La Chasse au Snark de Lewis Carroll, mais on sait moins qu'il co-traduisit alors, de l'americain, un roman policier de S.S. Van Dine, L'Affaire du Canari, sous le pseudonyme transparent de Louis Castille.

Avec les Josephson--Matthew fit ses etudes de litterature francaise ici--et M. Cowley, ce fut une amitie a vie, et je crois qu'on peut dire qu'ils furent les seuls Americains "de souche", si je puis dire, avec lesquels Aragon, puis, plus tard, Elsa, eurent des relations de ce type et de cette qualite. La "Preface a Maldoror" ecrite par Aragon au debut de 1922 (Les Ecrits nouveaux, aout-septembre 1922) est dediee a Matthy, de meme que la nouvelle "Quand tout est fini" du Libertinage. Aragon passe le mois de septembre 1922 a Berlin, ou il va rejoindre les Josephson, grace a leur aide financiere, et ou il fait imprimer Les Plaisirs de la Capitale (Paris la nuit) et ecrit "Le dernier ete", paru le 1er novembre dans Litterature, qui comporte deux longues citations d'oeuvres dadaistes, la premiere de Matthew, la seconde d'E.E. Cummings, qu'il avait connu par son entremise (Notons, en passant, que c'est Cummings qui, avant de s'eloigner de cette famille de pensee, traduisit en anglais "Front rouge" en 1933). Enfin, pour cette periode, on peut observer encore que deux des poemes des "Destinees de la poesie", seconde partie du Mouvement perpetuel, tous ecrits dans les dix premiers jours de 1926 sont dedies a Cowley et Josephson, respectivement "Les freres La Cote" et "Contrefacteur" (p. …

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