Academic journal article Canadian Journal of Experimental Psychology

ÉMotion et Cognition Incarnée : La Dimension Motrice Des Réponses Verbales « Oui » et « Non »

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ÉMotion et Cognition Incarnée : La Dimension Motrice Des Réponses Verbales « Oui » et « Non »

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Résumé : Les théories de la cognition incarnées font l'hypothèse que toutes les opérations cognitives, y compris celles de haut niveau sont fondamentalement enracinées dans les états actuels du corps et dans les systèmes sensori-moteurs du cerveau. Les travaux expérimentaux menés en leur sein s'intéressent uniquement au lien existant entre des processus cognitifs automatiques et des réponses motrices. Jamais ce lien n'a été envisagé à travers celui de la production de réponses verbales telles que les réponses « oui » et « non ». Or, un grand nombre de tâches exigent une réponse verbale en même temps qu'une réponse motrice. Dans ce travail, nous avons mis en évidence que l'évaluation cognitive et automatique de la valence de mots entretient un lien étroit avec les réponses motrices de « tirer » et de « pousser », ainsi qu'avec les réponses verbales « oui » et « non » lorsque la tâche demande de dire si « oui » ou « non » il y a la lettre « a » dans un mot. De plus, les données obtenues montrent que les réponses verbales « oui » et « non » interagissent avec les réponses motrices de « tirer » et de « pousser ». Cette interaction appuie l'idée selon laquelle les réponses verbales affirmatives et négatives présentent une dimension motrice, comme le prévoient les théories de la cognition incarnée (Lakoff & Johnson, 1999; Scorolli & Borghi, 2007; Barsalou, 2008).

Mots-clés : cognition incarnée, émotion, réponse motrice, réponse verbale, langage

Au sein de la psychologie (Barsalou, 1999, 2008; Glenberg & Robertson, 2000; Zwaan, 2004), de la philosophie (Port & van Gelder, 1995; Prinz, 2002; Várela, Thompson & Rosch, 1991), de la robotique (Brooks, 1991; Ziemke, 2003) et de la linguistique (Kemmerer, 1999; Lakoff & Johnson, 1999), les théories de la cognition incamée commencent à prendre une place non négligeable. Selon ces théories, les processus cognitifs sont fondamentalement enracinés dans les états corporels présents et dans les systèmes sensori-moteurs du cerveau. Les positions les plus extrêmes nous invitent à appréhender la cognition en interaction directe avec l'environnement et les actions qu'elle y déploie. Selon Brooks (1991), Várela, Thompson et Rosch (1991), Thelen et Smith (1994); Hutchins (1995), Port et van Gelder (1995); Clark (1997); Ziemke (2003), Yeh et Barsalou (2006) et Barsalou (2008), la perspective incorporée de la cognition et la perspective située vont de pair. Cette perspective a récemment été nommée par Barsalou (2008) : « Grounded cognition ». En somme, le fonctionnement cognitif s'étend au travers d'un contexte, d'une situation, d'une tâche et d'états corporels présents. Au-delà de leur particularité (voir Wilson, 2002; Barsalou, 2008), ces théories partagent l'idée selon laquelle les opérations cognitives, y compris les processus cognitifs de haut-niveaux (par ex., processus langagiers, d'abstraction de concepts, de catégorisation, de production d' inferences, . . .) sont de nature sensori-motrice (pour un ensemble de données empiriques lire Niedhenthal, Barsalou, Winkileman, Krauth-Gruber & Rie, 2005; Barsalou, 2008; Scorolli & Borghi, 2007). Un des exemples les plus souvent cités pour illustrer cette position théorique est l'expérience de Tucker et Ellis (1998). Dans cette expérience les participants devaient dire le plus rapidement possible si l'objet présenté était à l'endroit ou à l'envers. Parmi ces objets, certains étaient préhensibles, comme par exemple une tasse. L'originalité de cette expérience consistait à faire apparaître l'anse de la tasse soit à droite soit à gauche sur l'écran d'ordinateur. Pour répondre, les participants devaient donner leur réponse soit de la main droite soit de la main gauche. Les résultats ont montré que lorsque l'anse de la tasse était du même côté que la main de réponse, les temps de réponse étaient plus rapides que lorsqu'elle était du coté opposée de la main de réponse. Ce résultat indique que la perception automatique de la dimension motrice d'un objet (par ex. …

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