Academic journal article Studia Politica; Romanian Political Science Review

Identités Nuancées À la Frontière De l'Union Européenne: Cahul, Moldavie

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Identités Nuancées À la Frontière De l'Union Européenne: Cahul, Moldavie

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Depuis les élargissements de 2004 et 2007, le processus d'intégration de l'Union européenne a provoqué des changements majeurs dans la vie d'une partie des citoyens des pays d'Europe centrale et orientale. Alors que la plupart des citoyens de l'Union vivent aujourd'hui dans une Europe sans frontière, les citoyens des pays non- membres semblent bloqués derrière ce qui a parfois été appelé un nouveau «rideau de fer». Suite à l'intégration de certains des nouveaux États Membres dans l'espace Schengen, un processus de «rebordering»1 est à l'oeuvre qui rend plus difficile que cela ne l'était auparavant le passage entre certains pays de la région. La fluidité qui caractérisait les relations entre certains pays de la région a donc été remplacée par de véritables frontières. La fermeture s'est ressentie entre la Pologne et la Biélorussie, la même Pologne et la région russe de Kaliningrad ou encore entre la Roumanie et certains de ses voisins comme la Moldavie, l'Ukraine et la Serbie.

Dans ce contexte, cet article questionne les implications du processus de renforcement des frontières qui accompagne la construction d'une Europe intégrée. La perspective choisie est identitaire. L'objectif est ainsi d'interroger l'identité de ceux qui vivent la frontière au jour le jour à la lumière d'une approche théorique qui se situe au croisement des littératures sur le nationalisme et l'identité nationale d'une part et la frontière de l'autre et ceci pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'en dépit de l'intérêt croissant suscité par la notion de «frontière» ces dernières années, sa relation avec l'identité reste largement sous-étudiée2. Ce n'est que récemment que ce thème spécifique a été analysé, principalement suivant des études de cas individuelles3 ou suivant un ancrage théorique dans les relations internationales4. Ensuite, en ce qui concerne les théories du nationalisme et de la construction de l'identité, alors que l'impact d'une frontière est développé de manière classique tant par Anderson1 que Gellner2, la perspective adoptée généralement est celle de la construction de l'identité par les acteurs politiques et étatiques, dans une relation «top-down»3. Dès lors, afin de proposer une recherche originale et innovante, suivant les recommandations d'auteurs comme Hobsbawm4, cet article suit la ligne adoptée par Brubaker dans son étude de la vie quotidienne et de l'identité d'une ville de Transylvanie5 et surtout celle adoptée dans les travaux coordonnés par Wilson et Donnan qui se concentrent sur les identités frontalières (les «border identities»)6. L'approche est donc celle d'une «anthropologie de la frontière» inspirée par les travaux de Barth7.

L'objectif est donc d'interroger cette identité à la frontière dans le cas des habitants de Cahul, une petite ville de République de Moldavie située à 5 kilomètres de la frontière avec la Roumanie, pays membre de l'UE depuis 2007. Le cas moldave a été fortement étudié dans ses questions d'identité, principalement en roumain8, mais aussi en anglais ou en français. Alors que des auteurs comme Bruchis défendaient avec vigueur dans les années 1980 la thèse que les Moldaves ont été artificiellement séparés de la Roumanie9, des auteurs comme Van Meurs10, King11, Ca?u12, Negur?13 ou Cazacu et Trifon14 ont fourni des analyses plus nuancées de la question nationale en Bessarabie. Des analyses récentes se sont focalisées sur les politiques partisanes1, sur la langue moldave2, ou encore sur l'éducation et les manuels d'histoire3. Ces études se sont concentrées principalement sur une approche «top-down» de la construction de l'identité moldave. La perspective «bottom-up», bien plus rare dans la littérature est celle qui semble la plus appropriée pour apporter des éléments de compréhension originaux à la question. D'une part, l'étude présente s'inspire méthodologiquement des travaux de Cash et de son anthropologie de l'hospitalité dans le sud de la Moldavie4 et, d'autre part, bénéficie grandement des résultats préliminaires de la recherche d'Aramba? …

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