Academic journal article Canadian Journal of Public Health

La Santé Publique Canadienne En éTat De siège/Canadian Public Health under Siege

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La Santé Publique Canadienne En éTat De siège/Canadian Public Health under Siege

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On assiste depuis quelques mois à plusieurs attaques en règle qui visent directement la capacité de la santé publique canadienne à réaliser l'ensemble de ses mandats qui sont de prévenir la maladie et surveiller, protéger et promouvoir la santé des Canadiens et des Canadiennes. Ces attaques proviennent d'un nombre croissant et varié d'institutions et trouvent malheureusement un large écho dans la presse. Dans les pages du Globe and Mail, Peter Shawn Taylor concluait par des mots très durs son exhortation à l'endroit de la santé publique de se concentrer sur les problèmes des maladies transmissibles. « It is not the job of public health to have an opinion on taxes, economic policy, free trade or corporate control. Neither should it be their business to interfere in the freely-made choices of adults."1 La semaine suivante dans la version tablette de La Presse, Alain Dubuc proposait de mettre des balises à la santé publique « pour éviter que la santé publique utilise son autorité morale du savoir médical dans des domaines qui ne relèvent pas directement des sciences de la santé (...) et pour éviter qu'elles (les Directions de santé publique) quittent le domaine de l'analyse pour entrer sur le terrain du militantisme et de l'action sociale »2. Bien que certaines voix discordantes se soient exprimées3, cette convergence des opinions n'est pas l'effet du hasard. Le gouvernement fédéral et plusieurs gouvernements provinciaux, dont celui du Québec, s'acharnent depuis plusieurs mois et de multiples façons à affaiblir la santé publique canadienne et l'assujettir à son agenda politique néo-libéral. Sous prétexte de coupures budgétaires et d'amélioration de l'efficience, les gouvernements imposent des façons de faire et des modes d'organisation qui musèlent la santé publique. Dans sa version moderne, la santé publique est un instrument de l'État et non des partis politiques. Au Canada actuellement, plusieurs partis politiques au pouvoir cherchent à affaiblir la santé publique, cet empêcheur de tuer en rond. L'intensité, la convergence et la généralisation des attaques dont la santé publique est l'objet depuis quelques mois confirment que les efforts de ces gouvernements ont porté fruit : moins bien protégée, la santé publique est devenue une cible facile.

Le gouvernement du Canada cherche à affaiblir la santé publique canadienne lorsqu'il dépouille l'Administrateur en chef de l'Agence de santé publique du Canada de son pouvoir d'agir en le déchargeant de ses responsabilités organisationnelles. Dans les faits, il ne dirige plus l'Agence. Cette responsabilité revient maintenant à un Président qui décidera des priorités de l'Agence sans avoir la compétence technique pour prendre les décisions sanitaires. Le médecin en chef du Canada, celui dont l'unique patient est une population de plus de 30 millions de personnes, devient un simple conseiller. Il n'a plus les moyens de définir les priorités et d'orienter les actions de l'Agence. Il ne peut donc opérer les solutions qu'il juge les plus appropriées en fonction de son diagnostic. D'ailleurs, en mettant plus de 16 mois pour combler le poste laissé vacant par la démission pour raisons de santé du docteur David Butler-Jones, le gouvernement Harper ne pouvait être plus clair dans son message : la santé publique peut attendre!

Le gouvernement du Québec cherche à affaiblir la santé publique canadienne lorsqu'il nomme au poste de Directeur de santé publique, des personnes qui ne sont pas dument diplômées d'une formation accréditée à cet effet. Au Canada, la responsabilité de santé publique est normalement exercée par un médecin spécialiste en Santé publique et médecine préventive, membre du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada. Au Québec, au cours de l'été dernier, alors qu'un bras de fer autour de leur mode de rémunération s'enclenche entre certains directeurs de santé publique des (défuntes) Agences régionales de santé et des services sociaux et le Ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, six directeurs démissionnent. …

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