Academic journal article Canadian Journal of Film Studies

ÉMergence De la Critique De Cinéma Dans la Presse Populaire Québécoise

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ÉMergence De la Critique De Cinéma Dans la Presse Populaire Québécoise

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La critique de film, au Québec comme ailleurs, est une pratique devenue depuis longtemps majeure dans le monde du cinéma. Pourtant l'histoire de la critique est, étonnamment, encore peu développée. En France, où la critique de cinéma est presque un genre littéraire en soi depuis les années 1920, où plusieurs critiques sont devenus cinéastes, il n'existe encore qu'une poignée de livres sur l'histoire de la critique, comme l'ont souligné les travaux récents faits dans cette direction, par exemple le livre de Pascal Manuel Heu sur le critique Émile Vuillermoz (2003) ou l'anthologie éditée quelques années plus tôt sous la direction de Michel Ciment et Jacques Zimmer ( 1997). L'ouvrage plus récent de Jean-Michel Frodon (2008) n'a pas non plus de réelle visée historique. Il s'agit plutôt d'une description comparative des formes et des courants de la critique cinéphilique en France. Divers ouvrages ont été consacrés à des critiques ou à des revues (André Bazin, Les cahiers du cinéma) mais aucun n'est vraiment consacré à une histoire spécifique de la critique de cinéma. Ces ouvrages font d'ailleurs comme il se doit un premier défrichage, établissent la carte du champ de recherche plutôt qu'ils ne proposent une méthodologie.

Aux États-Unis les études sur la critique sont assez semblables à celles de France. La publication s'est longtemps résumée à des anthologies (par exemple American Film Criticism From the Beginnings to Citizen Kane, de Kaufmann) ou à des ouvrages consacrés à certains individus, de même qu'à un certain intérêt pour la critique dans les études d'histoire du cinéma américain. Un premier ouvrage d'histoire générale est paru en 2010 (The Complete History of American Film Criticism, de Jerry Roberts); il ne s'agit pas d'une histoire analytique des auteurs et des idées, mais plutôt d'une histoire assez factuelle et biographique qui rappelle le rôle et l'évolution de la critique de même que ses figures marquantes. L'auteur consacre tout de même plusieurs pages aux débuts de la critique et montre que, comme en France, les premières appréciations furent publiées surtout dans la presse corporative avant de gagner une place dans les grands journaux.

Un effort original et important de théorisation des débuts de l'histoire de la critique a cependant été proposé récemment par un chercheur français, Christophe Gauthier, qui associe l'émergence de la critique cinématographique en France à un processus de légitimation artistique basé sur une hybridation des discours:

Cette critique cinématographique émergente emprunte à plus d'un titre aux principes comme aux usages de la critique littéraire et dramatique. C'est le cas en particulier pour la définition des « écoles nationales », mais aussi lorsque ceux qui deviendront les premiers cinéphiles concourent à définir un style cinématographique qui s'attache à ces écoles et contribue à en préciser les contours esthétiques.1

L'auteur situe les prémisses de cette critique dans les premières revues corporatistes françaises, mais il essaie surtout d'en comprendre le contexte et les discours. Il montre que de Canudo à Delluc en passant par plusieurs autres, les critiques français s'efforçaient de valoriser le cinéma comme un nouveau théâtre populaire. Cette légitimation passe d'abord par un processus de démarcation et de spécification; la critique porte donc davantage sur le cinéma que sur les films, et elle élabore lentement une liste de particularités. Canudo voyait le cinéma comme un théâtre affranchi des contraintes du temps et de l'espace ; Vuillermoz veut que ces nouvelles possibilités donnent naissance à un style, et d'autres appelleront la venue d'une forme qui reflète les cultures nationales. D'abord élaborée et diffusée dans des revues corporatives mais de façon assez marginale, cette pensée critique se développera et se consolidera surtout pendant les années 1920 dans les grands journaux quotidiens, plus indépendants du milieu cinématographique.

Au Québec, évidemment, les choses furent assez différentes. …

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