Academic journal article Studia Musicologica

L'éducation Par L'art Selon Liszt

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L'éducation Par L'art Selon Liszt

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Si Liszt a assumé financièrement l'éducation de ses propres enfants, il n'en a pas suivi le déroulement au quotidien, loin de là. Pourtant il est une relation privilégiée avec une enfant qu'il a choyée, aimée et dont il a entouré l'éducation de ses soins les plus attentifs. La relation toute spécifique que Liszt a entretenue avec la princesse Marie de Sayn-Wittgenstein (1837-1920), fille de sa compagne la princesse Carolyne, permet d'en mesurer la nature particulière et pour le moins surprenante. Les circonstances de leur rencontre et l'installation de Liszt et de Carolyne à Weimar sont bien connues ; nous ne nous y attarderons pas, si ce n'est pour rappeler que la jeune Marie fête précisément son dixième anniversaire lorsque le jeune compositeur de 36 ans fait sa connaissance à Woronince.

Le compositeur a surtout été séduit par les qualités intellectuelles de Carolyne. Selon Émile Ollivier, gendre de Liszt, la princesse était « une des plus vastes intelligences de ce siècle »1, qualité souvent mise en évidence par d'autres témoins. Dès sa jeunesse, elle s'est familiarisée avec les grandes oeuvres de la littérature européenne grâce à l'érudition de son père, le Polonais Peter von Iwanowski, épris de littérature russe et étrangère. Les ouvrages de Friedrich Hegel, Friedrich Schelling, Johann Gottlieb Fichte, Dante ou Goethe lui sont familiers2. Carolyne parle couramment plusieurs langues, notamment le polonais, le russe, le français, l'allemand et l'italien.

On a conservé quelque 230 lettres écrites en français par Liszt à Marie dans lesquelles on découvre un homme attentionné, empressé, affectueux et très paternel3 ; seules les lettres couvrant la période d'éducation de la jeune fille à Weimar (1848-1859) seront prises en considération ici. Avec celle-ci, Liszt est tout le contraire d'un homme froid, directif, autoritaire, rigide et distant - attitudes qu'il affiche avec ses propres enfants. C'est en père aimant qu'il lui écrit, qu'il la conseille avec sollicitude, et qu'il n'oublie jamais ni ses anniversaires ni sa fête. Le compositeur compose pour elle quatre petites pièces pour piano de difficulté croissante, Lilie, Hryc', Mazurek et Krakowiak4. Liszt dédie aussi à Marie cinq de ses oeuvres ; trois d'entre elles sont écrites pour piano : Glanes de Woronince (LW A143) (1847), Six Chants polonais transcrits de l'Opus 74 de Chopin (LW A193) (1859) et les Tanzmomente transcrits de l'oeuvre éponyme pour orchestre de Johann von Herbeck (LW A245) (1869). Les deux autres sont des lieder : Ihr Glocken von Marling, sur un poème d'Emil Kuh (LW N69) (1874) et Des Tages laute Stimmen schweigen sur un poème de Ferdinand von Saar (LW N78) (1880).

Par contraste, mentionnons qu'une seule oeuvre est dédiée à Blandine et aucune à Daniel, tandis que Cosima n'en reçoit que trois. Naturellement, la disparition prématurée des deux premiers, respectivement en 1862 et 1859, l'a privé de la possibilité de leur en écrire davantage. Mais il dédiera l'ode funèbre Les Morts à la mémoire de Daniel, et son Requiem à celle de sa mère et de ses deux enfants disparus. Plus tard, sa petite-fille Daniela von Bülow (1860-1940) sera la dédicataire de sept de ses oeuvres.

Éducation de la princesse Marie

La princesse Marie reçoit une éducation et une instruction des plus soignées, digne des plus hauts rangs de la société, avec des précepteurs privés. À Woronince, une gouvernante anglaise et un professeur de piano lui ont donné des leçons particulières, puis elle a suivi des cours dans une prestigieuse école pour jeunes filles à Odessa. Liszt lui-même lui donne des leçons de piano. À Weimar, l'instruction de la jeune demoiselle se poursuit avec des professeurs privés, notamment avec Gustav Alexander Zeiss (1811-1875), professeur d'histoire au Gymnasium de Weimar, et avec la peintre Louise Seidler (1786-1866), professeur d'histoire de l'art. Cette dernière lui enseigne également le dessin de 1853 à 1859. Conservatrice des collections d'art du grand-duc Charles Auguste dès 1824, Seidler fut aussi la préceptrice privée des soeurs du futur grand-duc Charles Alexandre, Marie et Augusta. …

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