Academic journal article Samuel Beckett Today / Aujourd'hui

Play/comédie, Come and Go/va-et-Vient, Footfalls/pas De Beckett Ou le Va-et-Vient De la Ponctuation Entre Deux Langues

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Play/comédie, Come and Go/va-et-Vient, Footfalls/pas De Beckett Ou le Va-et-Vient De la Ponctuation Entre Deux Langues

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"Beckett," écrit Jean-Jacques Mayoux, "est un écrivain de génie dans les deux langues parce qu'il conserve tranquillement, de l'une à l'autre, la même voix qui lui est absolument propre, avec ses rythmes et ses battements de coeur, ses arrêts et ses reprises, tout ce qui manifeste ses apories" (34).1 Cette "conservation tranquille" concerne tout particulièrement les signes de ponctuation qui, dans la constitution du rythme, du ton et de la voix, sont des acteurs de premier ordre. De fait, Beckett conserve presque systématiquement dans les deux langues le même 'signe-clé,' qu'il s'agisse de ponctèmes précis ou d'absence de marques.2 "J'ai toujours écrit pour une voix," disait-il. L'auteur et l'autotraducteur sont la même personne, tapant toujours sur 'le même clou,' cherchant à fixer par la notation cette voix. Dans le cas des fictions dramatiques, ce même désir s'exerce encore lors de leur réalisation scénique lorsque Beckett assiste ses metteurs en scène ou se fait son propre metteur en scène. Sa confession à George Pelorson en 1977 à propos de Fin de partie, "It will never be the way I hear it. It's a cantata for two voices," (Ce ne sera jamais conforme à ce que j'entends. C'est une cantate pour deux voix; je traduis),3 confirme que le dramaturge et le metteur en scène poursuivent la mise au point d'une musique vocale originelle, imaginaire ou jadis entendue, difficile voire impossible à noter et à atteindre, en tout cas toujours la même en dépit des différences langagières intrinsèques à la langue source ou à la langue cible.

Il est pourtant des cas où une telle fidélité à la voix et à la ponctuation est prise en défaut. Or une telle auto-trahison n'est bien souvent qu'apparente. Les décentrements qui s'opèrent d'un idiome à l'autre correspondent généralement à un recentrement. Beckett ne recourt pas seulement à l'autotraduction, ainsi que l'écrit Laura Cerrato comme à une "forme de citation, modification ou correction de ses propres textes, de sa propre pensée" (135), mais également pour des raisons de justesse. Chez Beckett, par conséquent, la continuité du processus créateur d'un idiome à l'autre remet en cause la notion même de 'traduction' entendue comme la 'transposition' d'un texte premier en un idiome étranger, n'ayant comme propre fin qu'elle-même et visant, comme l'écrit Jean-René Ladmiral, à "dispenser de la lecture du texte original" (28). Si nombre de critiques ont montré que Beckett désacralise, mine et brouille de bien des manières la notion-même de texte 'original,'4 Chiara Montini montre, de façon paradigmatique pour Watt et les romans de la période que Beckett lui-même a nommée "frénésie française" (French frenzy), comment la lecture de Mercier and Camier ne dispense pas de la lecture de Mercier et Camier puisque "la traduction commente et critique le texte qui l'a précédée," invitant çà et là le lecteur désireux "de connaître le contenu de ce qui n'est ici qu'un résumé [à aller] voir le texte 'original'!" (2012, 85-86). Dès lors - et c'est encore valable pour la période du "bilinguisme mixte" où Beckett "alterne l'anglais et le français en tant que langues de la première et deuxième rédaction" (Montini 2012, 83) - l'autotraduction beckettienne peut être envisagée comme la 'reprise' d'un texte initial dans une langue autre, cette reprise se présentant comme une suite et non une copie en une autre langue, comme la poursuite d'un même processus génétique. Précisons à ce propos que nous nous inscrivons dans la lignée des travaux de Pascale Sardin-Damestoy (2002) et de Chiara Montini (2007) qui adoptent toutes deux une perspective génétique pour capter le mouvement d'un texte dans une langue vers sa réécriture dans l'autre.

Si la notion d'original est particulièrement problématique chez Beckett, elle l'est plus particulièrement encore lorsque la traduction s'opère par l'entremise du passage à la scène ou encore quand la traduction est mise en chantier alors même que la campagne d'écriture du texte 'premier' est encore en cours. …

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