Academic journal article Canadian Journal of Film Studies

Les Brasiers De L'hexagone : Les Cinémas Militants Français À Montréal (1974)

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Les Brasiers De L'hexagone : Les Cinémas Militants Français À Montréal (1974)

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Nombre de participants aux Rencontres internationales pour un nouveau cinéma de Montréal sont Français. En effet, outre les Canadiens et les Etatsuniens, ils sont les plus nombreux. La France est de surcroît considérée comme un « grand » pays, selon la classification établie par les organisateurs de la rencontre québécoise.1 Cependant, malgré leur poids relatif, il serait erroné d'envisager les délégués français comme un bloc monolithique (ou comme bloc tout court). Il n'y a pas eu un cinéma militant français à Montréal, en 1974, mais des cinémas. Cela veut dire des collectifs de réalisateurs, producteurs et distributeurs avec des affinités idéologiques et sensibilités esthétiques différentes, des groupes avec divers objectifs et stratégies de positionnement dans le milieu ; bref, une pluralité de manières de concevoir le cinéma d'intervention politique, parfois opposées.

Six réalisateurs, producteurs et distributeurs français se sont donné rendez-vous à Montréal. Il s'agit de Maurice Brover et Marin Karmitz, de la maison de production et distribution MK2, Sylvie Jezequel des collectifs CREPAC et SCOPCOLOR,2 Inger Servolin du groupe SLON/ISKRA, Serge Le Péron de Cinélutte, et Jean-Patrick Lebel d'Unicité. Il faut ajouter à la liste le critique de cinéma Guy Hennebelle. Le comité qui a organisé la rencontre avait invité aussi Chris Marker,3 mais le cinéaste, faisant preuve de son aversion pour les apparitions publiques, ne s'est pas rendu à Montréal.

Ces groupes se trouvent parmi les principaux collectifs de gauche ayant développé une activité de production et de diffusion cinématographique depuis 1968. C'est pourquoi les Rencontres de Montréal-les « états généraux du troisième cinéma », selon l'expression de Philippe Billon-nous offrent l'occasion d'établir un bilan partiel ou plutôt une radiographie de ces collectifs six ans après les "états généraux du cinéma français". Les six ans séparant les deux « états généraux » séparent aussi les événements de mai 68 de la défaite du Programme commun de la gauche aux élections présidentielles de mai 1974.4 Si mai 1968 se caractérise par l'effervescence des groupes de gauche, mai 1974 est un moment de reflux, de crise et d'autocritique. Ceci a une incidence directe sur les collectifs de cinéma militant français, même si plusieurs contestent le Programme commun. Comme nous le verrons plus loin, les tensions entre les groupes français manifestées lors des rencontres de Montréal sont souvent reliées à leurs positionnements dans cette conjoncture politique.

Les représentants des collectifs français ont participé en tant qu'intervenants pour trois tables rondes et une conférence. Brover et Karmitz ont présenté leur expérience à MK2 dans l'atelier Comment les films sont montrés ; Servolin et Jezequel ont participé à l'atelier Participation de la hase ; pour sa part, Lebel a présenté une communication dans le cadre de l'atelier Cinéma comme outil de transformation/intervention sociale et a donné la conférence intitulée La place du cinéma dans la lutte idéologique. En revanche, en tant que public, ils ont été moins actifs que leurs homologues d'autres pays, à l'exception de Le Péron et Hennebelle qui ont souvent pris la parole lors des débats.

Trois grandes questions se répètent, de manière générale, dans les interventions des Français : premièrement, les rapports entre l'action des collectifs et les couches sociales ; deuxièmement, les voies de distribution des productions audiovisuelles militantes et des films progressistes ou anti-impérialistes ; enfin, le degré d'indépendance des groupes vis-à-vis des syndicats et organisations politiques.

Il est à noter que le discours de solidarité révolutionnaire internationaliste, ainsi que les rapports avec les groupes d'autres pays ont eu une place secondaire dans leurs communications-à l'exception des exposés des représentants de MK2, qui ont mentionné leur travail de distribution de quelques films étrangers.5 Cela s'explique dans une certaine mesure par les thématiques et les dynamiques des ateliers, qui étaient structurés comme une suite de comptes rendus d'activité des collectifs. …

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