Academic journal article Journal of Haitian Studies

Expériences Migratoires De Nouveaux-Arrivants Haïtiens ÉTablis Au Québec Depuis la Catastrophe Ayant Frappé Haïti le 12 Janvier 2010 : Relations, Contradictions et Ambiguïtés Dans L'expression De la « Différence »

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Expériences Migratoires De Nouveaux-Arrivants Haïtiens ÉTablis Au Québec Depuis la Catastrophe Ayant Frappé Haïti le 12 Janvier 2010 : Relations, Contradictions et Ambiguïtés Dans L'expression De la « Différence »

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INTRODUCTION

L'immigration haïtienne au Canada remonte à la fin des années 1950 mais a véritablement démarré au milieu des années 1960 après l'abrogation de la politique d'immigration qualifiée de raciste puisqu'elle favorisait les personnes en provenance des pays européens.1 À l'époque de la Révolution tranquille, Haïti était la première source d'immigrants pour le Québec, immigrants qui jouissaient, semble-t-il, de conditions d'intégration relativement favorables. Initialement, les émigrants haïtiens étaient majoritairement des hommes qualifiés ayant fui le régime duvaliériste. Beaucoup de travailleurs non spécialisés ont ensuite quitté Haïti, où les conditions de vie se dégradaient progressivement, pour s'installer notamment au Québec.2 Selon les estimations du recensement de la population québécoise de 2006, 91435 personnes déclaraient avoir une « origine ethnique haïtienne ».3 Environ la moitié de la population haïtienne au Canada est née en Haïti et la grande majorité (90%) réside au Québec principalement (83%) dans la région montréalaise.4 La descendance haïtienne connaît, semble-t-il, plus de problèmes sociaux que la première génération. Elle est plus souvent sans emploi et a un plus faible revenu que les autres Canadiens, alors qu'elle a en moyenne un niveau de scolarité relativement comparable au reste de la population.5

Comme cela avait déjà été le cas dans le passé pour raisons politiques, le séisme ayant frappé Haïti le 12 janvier 2010 a été suivi par ce que Jabouin qualifie de vague migratoire. En ce qui concerne la province québécoise, Haïti se classait au troisième rang (7,1%) des pays de naissance des immigrants pour la période 2011-2015, ceci représentant un peu plus de 18000 personnes.6 Suite au séisme, un programme spécial de parrainage fut mis en place par le Ministère de l'Immigration afin de permettre à quelques milliers de citoyens haïtiens victimes du séisme de rejoindre leur famille résidant dans la province. Pour faciliter l'établissement et l'intégration des nouveaux-arrivants parrainés, le Québec a financé des organismes communautaires dont la Maison d'Haïti pour la mise en oeuvre d'un programme de soutien à l'intégration et à l'accompagnement.7

Cet article s'appuie sur une recherche exploratoire dont l'objectif était d'étudier la situation de nouveaux-arrivants Haïtiens ayant vécu le terrible séisme de janvier 2010. Nous nous intéressons ici plus spécifiquement aux dynamiques de différenciation auxquelles ont fait référence les participants dans l'élaboration de leur expérience migratoire. Tout en tenant compte de la nature exploratoire de cette étude, il nous paraissait pertinent de tenter de dégager certains éléments associés à ces dynamiques à partir des propos recueillis de ces personnes afin de participer, à l'instar de Poiret et al., à la compréhension des clivages sociaux opérant en situation d'immigration.8

LES MODES DE DIFFÉRENCIATION EN CONTEXTE MIGRATOIRE : LE CAS DE L'IMMIGRATION HAÏTIENNE

En contexte migratoire, plusieurs modes de différenciation sont à l'oeuvre et en viennent à façonner la hiérarchie sociale. Ceux-ci relèvent notamment de la racialisation et de l'ethnicisation des rapports sociaux, des processus s'inscrivant dans des rapports de domination. La racialisation peut être vue comme un discours sur la différence scindant le « Nous » du « Eux » avec formation d'une série d'altérités où les « Autres » sont souvent vus comme les minorités; un discours mis en oeuvre par divers acteurs sociaux dont les gouvernements, les ministères et les institutions publiques.9 Ce discours fait non seulement référence à la race mais aussi à d'autres idées comme l'ethnicité et la culture, des formes d'identification de la population permettant de donner un sens au monde, et ce, dans une logique d'opposition. C'est ainsi que l'État moderne, à travers des mécanismes structurels, « produit du peuple » en créant des identités ethnicisées voire racialisées.10

Pour le Conseil de l'Europe, la dimension culturelle de l'immigration est l'objet de manipulations. …

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