Academic journal article Studia Politica; Romanian Political Science Review

Une Féérie Musicale? Les Coproductions Cinématographiques Entre la République Socialiste Roumaine et l’Union Soviétique

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Une Féérie Musicale? Les Coproductions Cinématographiques Entre la République Socialiste Roumaine et l’Union Soviétique

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L'étude des coproductions qui ont eu lieu entre les cinématographies du bloc de l'Est reste une préoccupation marginale dans le champ des études cinématographiques. Ceci s'explique par le difficile acces aux archives, par la dominance de la perspective auteuriste ou esthétique dans l'analyse des films, mais aussi, comme l'observe Ewa Mazierska, par l'attention soutenue que la plupart des chercheurs accordent au cadre national, au détriment d'une perspective transnationale ?'. Néanmoins, quelques études plus ou moins récentes, portant surtout sur les échanges entre l'Est et l'Quest, attestent de Pintérét que suscite la dimension internationale des cinématographies socialistes2. En outre, il faudrait remarquer que le champ de la diplomatie dans laquelle s'est engagée la République Socialiste Roumaine (RSR) a été abordé jusqu'a présent surtout d'un point de vue politique et moins d'un point de vue culturel, alors que pendant plusieurs décennies le cinéma - pour ne donner qu'un exemple - a été un véhicule important d'échanges économiques et technologiques avec l'Est et l'Ouest, de partage de connaissance et de compétences, de mise en visibilité des cultures des démocraties populaires ou de compétition entre régimes politiques.

Cet article propose de passer en revue les coproductions réalisées par la Roumanie et l'Union Soviétique dans la période qui va de la Seconde Guerre Mondiale a la chute du régime communiste. Plus précisément, il s'agit des coproductions dont le réalisateur principal est roumain ; ces films ont été réalisés surtout pendant les décennies 1960-1980 et ne représentent pas toutes les formes d'échanges cinématographiques et tous les films auxquels la Roumanie a participé a côté des Soviétiques. Les principales sources utilisées sont les dossiers de production disponibles aupres des Archives Nationales des Films (Arhiva Naţională de Filme, ANF)3, ainsi que d'autres documents provenant des archives des institutions impliquées de maniere variable dans la diplomatie culturelle avec l'Union Soviétique, comme le Ministere des Affaires Étrangeres (MAE), l'Association des Cinéastes (ACIN), le Ministere de la Culture (CCES)4.

Pendant les années 1950, les échanges cinématographiques de la RSR avec l'URSS étaient plutôt unidirectionnels et prenaient plusieurs formes : l'envoi d'étudiants et de techniciens roumains en URSS pour se former, l'importation de dotations techniques ou des films censés contribuer a la propagande pro-soviétique et anti-américaine, le transfert de connaissances via les revues de spécialité et les visites des spécialistes, des injonctions politiques a apprendre de l'expérience soviétique, et, enfin, l'organisation des structures cinématographiques similaires a celles qui existaient en URSS. Le Centre de Production Cinématographique Buftea (CPC Buftea) est notamment construit avec l'aide des spécialistes soviétiques. Les échanges cinématographiques avec l'Union Soviétique se sont maintenus tout au cours de la periode qui a suivi, et ceci malgré la dé-russification qui a commencé au début des années 1960 et malgré d'autres tensions politiques, comme la condamnation par Nicolae Ceausescu de l'invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie, en 1968. A titre d'exemple, au niveau de l'ACIN, les visites les plus nombreuses ont constamment été celles en direction de l'URSS5.

En Roumanie, les coproductions, y compris avec l'URSS, ont connu un essor dans les années 1960 - une décennie ou les échanges cinématographiques entre l'Est et l'Ouest sont devenus fréquents6. Ce systéme de production a été entre autres une réponse a la concurrence économique et politique d'Hollywood7. En ce qui concerne les échanges cinématographiques entre les pays du bloc de l'Est ?, ceux-ci étaient organisés selon un principe de réciprocité : par exemple, des semaines du film, montrant des productions choisies de commun accord et habituellement en lien avec des moments historiques étaient constamment organisées dans chaque pays a l'honneur de l'autre. …

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