Academic journal article Studia Politica; Romanian Political Science Review

Autorités Traditionnelles et Désir D’hégémonie Dans le Champ Politique Au Nord-Cameroun

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Autorités Traditionnelles et Désir D’hégémonie Dans le Champ Politique Au Nord-Cameroun

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INTRODUCTION

Dans la plupart des États postcoloniaux africains, les autorités traditionnelles ont longtemps disposé d'une position plus ou moins ambivalente dans le champ politique1. Si certains régimes ont oeuvré à l'association des tenants de l'ordre traditionnel dans la gestion des affaires publiques, d'autres ont plutôt cherché à frapper d'illégitimité l'existence même de ces entités sociales, considérées comme contraires à la République2. Mais il y a bien une constante : quelle que soit la considération affectée au pouvoir traditionnel, il reste à admettre aujourd'hui qu'en dépit des transformations plus ou moins structurelles subies, les chefferies traditionnelles continuent de jouir d'une certaine influence sur les sociétés locales et même sur le pouvoir moderne3. Au Cameroun notamment, et ce depuis l'époque monolithique consubstantielle au régime du premier président Ahmadou Ahidjo (1960-1982), les autorités traditionnelles ont gardé une relation affinitaire avec le pouvoir central, certes sous caution d'une certaine aliénation4. Dans un contexte sociopolitique marqué par une forte hétérogénéité ethnoculturelle, l'État ne disposait pas alors des moyens adéquats pour pénétrer l'arrière-pays et surtout insuffler l'idéologie de l'unité nationale à l'ensemble des composantes sociologiques du pays. C'est alors que les détenteurs du pouvoir traditionnel ont été mis à contribution pour remplir la fonction de domestication étatique du local. « La construction de la périphérie relève de la dynamique de circonscription du champ de domination du centre » note Sindjoun qui scrute l'horizon étatique à l'échelle périphérique5. Selon Warnier, observant la dynamique de formation de l'État au Cameroun:

« Afin de se construire, un État doit pouvoir s'appuyer sur des processus de divergence sociale, d'inégalité de pouvoir, et sur des systèmes plus ou moins héréditaires de transmission des inégalités »6.

Le Décret7 de 1977 confère aux autorités traditionnelles le statut « d'auxiliaires d'administration » chargés qu'ils sont désormais de véhiculer l'idéologie de l'État-nation en construction et d'inciter leurs sujets à l'acquisition de la citoyenneté de l'État du Cameroun. C'est dans cette mouvance que beaucoup des chefs traditionnels ont fait leur entrée dans l'administration publique et certains y ont occupé des postions de responsabilité importantes. Certains analystes y ont vu un début de « laïcisation du pouvoir traditionnel »8 avec son pendant de déstructuration et de dérégulation des chefferies locales. Mais il serait largement réducteur de ne lire la relation entre pouvoirs traditionnel et pouvoir moderne au Cameroun que sous l'angle d'une relation à sens unique, unilatérale et unidirectionnelle, qui mettrait en phase, le rôle exclusif de l'État, de pouvoir moderne dans l'articulation de cette interaction. Il est alors opportun de cerner les rapports de ces deux entités sous le prisme de la complexité, de l'ambivalence et de l'attraction réciproque. C'est dans cette perspective analytique que s'inscrit cette réflexion qui traite de la domination du champ politique local (moderne) par la figure pesante du pouvoir traditionnel.

À partir du champ politique local dans l'arrondissement de Tokombéré, région de l'Extrême-Nord au Cameroun, et sur la base des observations empiriques, il se dégage clairement qu'il y a ici une forte imbrication du politique moderne et du politique traditionnel. Cela peut souligner la configuration spécifique de la construction de l'État postcolonial dans le contexte africain dans la mesure où les pouvoirs traditionnels étaient fortement ancrés et enracinés dans les sociétés locales précoloniales9. Donc, ni la thèse de la domestication étatique stricto sensu ni la thèse de la rémanence du pouvoir traditionnel ne suffiront de rendre compte de la complexité de la réalité politique africaine. Plus encore le champ politique local est le lieu par excellence d'une certaine constellation de la politique moderne et de la politique traditionnelle, étant entendu que ces réalités ne sont pas tangiblement opposables10. …

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