Academic journal article Canadian Journal of Experimental Psychology

Chronométrage et Perception Temporelle

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Chronométrage et Perception Temporelle

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Lorsque quelqu'un me demande mon principal sujet de recherche, je suscite généralement une certaine déception. La déception ne vient pas immédiatement, au contraire. Elle nécessite quelques questions supplémentaires. La déception vient des attentes démesurées a la suite de la premiere réponse : je travaille sur le temps psychologique ou, plus précisément, sur la perception du temps. Voila qu'en quelques mots, on touche le cœur des gens qui sont tous conscients du manque de temps dans la semaine, de la vitesse de son écoulement a l'échelle d'une vie ou du fait que l'on arrive a s'impatienter lorsqu'un feu rouge ne voit plus l'heure de tourner au vert. Cependant, voila qu'il faut ensuite dire que ce qui m'intéresse surtout, ce sont les tres courts intervalles temporels et que les travaux sont surtout guidés par la simple question suivante : Comment fait-on pour juger de la longueur d'un intervalle ? Pourtant, si l'on se donne la peine d'explorer ce champ de recherche-la perception de courts intervalles temporels-on se retrouve au cœur de l'organisation de l'activité cérébrale et de la vie psychologique.

Percevoir le temps

La question de la perception du temps peut nous entraîner dans de tres nombreuses directions (Broadway, Zedelius, Schooler & Grondin, 2015; Grondin, 2008; Meck, Doyere & Gruart, 2012). Pour se démeler dans ce a quoi les chercheurs peuvent référer dans le domaine, il faut d'abord considérer la gamme de durées a l'étude. Par exemple, il peut s'agir d'intervalles tres courts requérant une résolution de moins d'une milliseconde, comme déterminer dans quelle oreille est arrivé un son en premier afin de connaître la direction d'oh il provient. Il peut aussi s'agir d'intervalles d'environ un jour, tels que les cycles circadiens dont la perception permet a l'animal d'anticiper les changements a venir (Buonomano, 2007).

Pour comprendre la littérature sur le temps psychologique, il faut aussi distinguer, parmi les jugements explicites sur la durée, ceux dits prospectifs, pour lesquels les participants savent a l'avance que le temps devra etre estimé, de ceux dits rétrospectifs, pour lesquels les participants doivent se remémorer la durée d'un événement passé, sans avoir su au préalable qu'une telle estimation allait devoir etre faite. Des variations de l'attention ou de l'éveil physiologique auront une forte influence sur les jugements prospectifs, tandis que les mécanismes de mémoire seront au cœur des jugements rétrospectifs (Block & Zakay, 1997, 2008; Tobin, Bisson & Grondin, 2010).

Le plus souvent, en psychologie expérimentale, les efforts de recherche porteront sur les mécanismes responsables du jugement d'intervalles allant de 0,1 s a 1 s durant lesquels se déroule le traitement de l'information temporelle impliquée dans la coordination motrice ou encore dans la perception ou la production de la parole ou de la musique. Si l'on s'intéresse plutôt a l'impression que le temps passe plus ou moins rapidement, l'intéret devrait alors porter sur des intervalles allant d'une seconde a quelques minutes, les mécanismes attentionnels et mnésiques étant alors mis a contribution.

Parmi les autres grands pans de la littérature sur le temps psychologique, outre les jugements sur la simultanéité de stimuli ou sur leur ordre d'arrivée qui impliquent de tres courts intervalles (Vroomen & Keetels, 2010), on note ceux consistant a prédire la durée d'une tâche (Roy, Christenfeld & McKenzie, 2005), ceux consistant a estimer depuis combien de temps se sont passés certains événements (Friedman, 1993) et ceux consistant a penser a faire quelque chose dans le futur a une heure donnée (Durationbased prospective memory : Labelle, Graf, Grondin & Gagné-Roy, 2009; Mioni & Stablum, 2013). A ces grands pans, on pourrait ajouter ceux touchant non pas la perception ou le chronométrage en soi, mais le rapport au temps comme la perspective temporelle, c'est-a-dire le fait d'etre plus ou moins enclin a se tourner vers le passé, le présent ou l'avenir (voir Apostolidis & Fieulaine, 2004). …

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