Academic journal article Studia Politica; Romanian Political Science Review

Un Prince et Une Chaussure : Où Est-Elle la Princesse ? le « Complexe De Cendrillon » Dans la Science Politique Cinquante Ans Après

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Un Prince et Une Chaussure : Où Est-Elle la Princesse ? le « Complexe De Cendrillon » Dans la Science Politique Cinquante Ans Après

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L 'étude du populisme entre complexes et refoulés

La formule proposée par Isaiah Berlin pour dénoncer l'impasse dans laquelle versait le débat sur la notion de populisme au lendemain du colloque intitulé To define populism qui s'était tenu a la London School of Economics du 19 au 21 mai 1967 est bien connue par tous ceux qui s'intéressent au sujet en milieu scientifique. Le philosophe libéral anglais avait, en cette occasion, parlé d'un complexe de Cendrillon qui pesait sur ce domaine d'études, en précisant comme suit sa conviction:

* [Par cette formule] j'entends ce qui suit : qu'il existe une chaussure - le mot 'populisme' - pour laquelle il existe quelque part un pied. Il y a tout genre de pieds qui a peu pres s'y adaptent, mais nous ne devons pas nous faire tromper par ces pieds qui a peu prés s'y adaptent. Le prince est toujours a la recherche, avec sa chaussure; et quelque part, nous en sommes sûrs, nous attend un limbe appelé 'populisme' pur. Voici le noyau du populisme, son essence. ?1.

Le caractére raisonnable d'un tel avertissement, et l'autorité de celui qui le formulait, ont contribué a ralentir les efforts pour donner du populisme une définition exhaustive et partagée par l'ensemble de la communauté scientifique; mais, d'un autre côté, l'espoir de parvenir a un accord sur la détection de ses traits essentiels ne s'est nullement éteint et a donné lieu a un débat aujourd'hui particuliérement vif, dont les enjeux ne demeurent pas moins semblables a ceux qui avaient été fixés dans les années 1960, voire auparavant. Il est donc temps de vérifier si ce complexe continue a entraver les efforts des spécialistes et, le cas échéant, en quelle mesure, et d'opérer une recapitulation des résultats que ces efforts ont permis d'obtenir au cours des cinquante ans qui nous séparent désormais du colloque de Londres.

A cet effet, on peut partir d'une interrogation, et d'une remarque qui s'y rattache. Dans la métaphore proposée par Berlin, la chaussure possédée par le prince désignait un mot ou un objet? Pour le dire en d'autres termes, la formule en réalité ne recelait pas un seul probleme, mais deux: d'un côté, la recherche de Vessence du populisme (la chaussure); de l'autre côté, l'individuation des phénomenes qui incarnent le populisme (le pied). Deux domaines différents et autonomes, quoique strictement liés, en étaient donc concernés: la réflexion théorique et l'observation empirique.

De 1967 a nos jours, les deux pistes de recherche ont procédé sur des voies séparées, qui se sont croisées de temps en temps, mais, dans la plupart des cas, ont suivi des parcours indépendants; ce qui n'a pas favorisé, de maniere générale, le cumul des connaissances et a suscité, au contraire, beaucoup d'incompréhensions et d'équivoques. Cependant, dans chacun des deux domaines se sont dessinées des lignes et des coordonnées qui peuvent aider a surmonter l'impasse décrite par Berlin. Nous pourrons en établir ici un sommaire catalogue, mais tout d'abord nous devons désigner l'obstacle majeur qui risque toujours d'entraver la recherche de la solution du probleme auquel nous devons faire face.

Puisque Berlin a parlé d'un complexe, en prenant au sérieux la signification du mot qu'il a choisi d'employer, il est légitime de se poser une question fondamentale : est-ce que ce complexe a quelque chose a voir, dans cette métaphore psychologique, avec un refoulé? La leçon de la psychanalyse nous autorise a explorer cette hypothese, et a nous demander quelle pourrait etre la substance de ce refoulé, dont il faudrait se débarrasser avant de pouvoir dépasser les conditionnements liés au complexe découvert et dénoncé. Suivant une suggestion de Margaret Canovan dans son livre Populism, on peut avancer l'hypothese que ce refoulé corresponde a l'incapacité d'une large majorité des chercheurs de s'émanciper du préjugé qui consiste a se refuser de considérer le populisme comme un objet normal et ordinaire d'analyse, aussi bien sur le plan théorique que sur celui de la phénoménologie politique. …

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