Academic journal article Essays in French Literature and Culture

Taubira: La "Dame En Rose" Qui Porte la "Torche De Résine" De L.G. Damas: Troubler le Genre Au Sein De la République [Afro-]Péenne

Academic journal article Essays in French Literature and Culture

Taubira: La "Dame En Rose" Qui Porte la "Torche De Résine" De L.G. Damas: Troubler le Genre Au Sein De la République [Afro-]Péenne

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Beau comme

Comme une rose

Dont la Tour Eiffel assiégée â l'aube

Voit s'épanouir les pétales

Dans le flonflon d'un 14 juillet de Roi

A guillotiner ou â pendre

Au carrefour de la Répubique

Toujours â naître (Névralgies, Damas, 1966, 87)

"habits": tout affect suscité ou entretenu par le vetement que le sujet a porté lors de la rencontre amoureuse, ou porte dans l'intention de séduire l'objet aimé. (Barthes, Fragmentss d'un discours amoureux, Seuil, 1977, 151)

Introduction Combat des minori-taire(s)

Citant ce fragment de poésie de son "compatriote" Léon-G. Damas, Christiane Taubira habillée de son habituel tailleur rose, réussit l'exploit, apres des heures de débats et de manifestations houleux, â faire voter le mariage entre individus du meme sexe. Sa récitation devant l'Assemblée fit l'effet d'une bombe et se comprend au prisme d'un tabou trop longtemps imposé â la minorité homosexuelle. C'est dans la poésie homotextuelle, c'est-â-dire une poésie qui rend la frontiere entre masculin et féminin, comme celle entre Blanc et Noir, perméable, que s'exprime cette revendication menée par l'héritiere de Damas (Gyssels, 2008, Ekotto, 2016). L'ambigui'té dans les poemes damassiens est raciale et sexuelle, dissolvant les marqueurs du genre quitte â "lisser" (verbe favori sous la plume damassienne) les identités genrées. Peu de critiques ont deviné ce masquage-lâ chez Damas.

Taubira cite Damas tout au fil de ses publications : dans Baroque sarabande, par exemple, elle lui donne le change insérant une strophe de son poeme le plus célebre "Hoquet" (Taubira, 2018, 86). De meme, accusant la complicité de l'Eglise dans le commerce esclavagiste, elle cite "Pardonne â Dieu qui se repent", du recueil Graffiti (Taubira, 2018, 31). Comme Damas, Taubira mene de front plusieurs combats : le racisme au quotidien en France, mais aussi le sexisme et la misogynie dans le contexte antillo-guyanais, lourdement marqué par l'esclavage triséculaire et le racisme transgénérationnel. La fulgurante héritiere pense l'entre-deux, transformant le regard sur la nation de maniere inclusive et tolérant les identités queer, par lesquelles j'entends le rejet de toute identité sexuée fixe et une disjonction entre le sexe biologique et le rôle du genre lui accordé. Or, elle s'est trouvée isolée dans son parti, peu défendue dans son pays et enfin, passablement trahie par les intellectuels antillo-guyanais qui s'écartent trop du peuple et de la culture populaire. Devons-nous en conclure que la "torche de résine" (Damas 2012, 115) serait un "vain combat" ? Les "Mariannes noires" sont-elles encore trop peu nombreuses, trop peu visibles pour etre entendues ?

Damas précurseur de l'intersectionnalité dans Black-Label

Dans Sister Outsider: Essays and Speeches (1984, traduit en 2003), l'Afro-Caribéenne Audre Lorde, poétesse incluse dans la seconde Anthologie de Damas (Damas, 1966, Gyssels, 2014), explique le lien étroit entre racisme, sexisme et homophobie, trois facteurs imbriqués que la société dominante essaie de rendre invisibles si bien que la femme de couleur, de surcroît non-hétérosexuelle, se sent victime du racisme blanc, de la répulsion de la part de l'homme noir qui prend sa revanche de l'humiliation et enfin de l'homophobie (Lorde, 2004, 63). Au lieu de combattre ensemble l'inégalité dans la société blanche, l'homme noir et la femme noire se font une guerre violente: le premier développe un comportement macho et violent, la seconde se trouve souvent abandonnée par les soeurs au lieu de se liguer contre l'ennemi commun (Lorde, 190). De surcroît, ces "sœurs dehors" ("Sister Outsider") qui sortent des schémas préétablis et s'allient, voire forment couple, sont la cible d'une haine redoublée. Une triste constante s'observe donc dans les postcolonies: le sexisme et son dérivé, l'homophobie, sévissent non seulement dans une société patriarcale et occidentale, ils frappent aussi des sociétés ayant les plaies â vif suite â des siedes de colonisation. …

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