Magazine article Journal of Film Preservation

Les Otages

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Les Otages

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Le film de Raymond Bernard, invisible depuis plusieurs décennies est enfin proposé dans une version complète après un long et minutieux travail de reconstitution. Dans ce film d'un pacifiste sincère, qui évoque immanquablement La Grande Illusion et La Règle du jeu de Jean Renoir, Raymond Bernard présente une autre vision d'une France à la veille de guerre, celle de 1939 cette fois, bien plus influencée par l'appel à l'union, qu'un monde en décomposition à la manière d'un Renoir. Les Otages n'est pas un grand film, mais une oeuvre passionnante car elle porte l'éclairage sur un moment très précis, très particulier d'une société. A cet égard, le film de Raymond Bernard mérite toute l'attention et sa sortie en dvd est remarquable, d'autant plus qu'elle est assortie d'un contenu critique et historique très documenté.

Le film sort quelques semaines avant la Seconde Guerre mondiale sur un sujet franco-allemand qui n'a aucun rapport avec les productions consensuelles de l'A. C. E et de l'U. F. A. Le sujet est brûlant au regard de l'Histoire à venir, mais également à celui du l'Histoire passée. La mise en scène est imparfaite, mais elle éclaire sur le fait que le film est réalisé par un bon cinéaste, par exemple par l'utilisation astucieuse des cadres et de la lumière, employant intelligemment le cadrage en contre-plongée inspiré du cinéma expressionniste allemand , une lumière très contrastée, parfois intense sur les visages. Cette utilisation est assez fine car elle n'est pas systématique : le début du film est éclairé en demi-teinte, puis contrasté à l'arrivée des Allemands, amené avec éclairage offensif. Par ailleurs, le personnage féminin joué par Annie Vernay est photographié avec un flou artistique et casse l'ambiance générale. Plusieurs scènes sont montées avec des défauts qui ne peuvent être attribués à la reconstitution ni au montage mais au tournage, avec notamment des sautes d'axes sans fondement et des changements de focales trop singulières pour être voulues.

Le métrage du visa de 1939 est de 2900 mètres : c'est la version la plus complète, restaurée par les Archives françaises du film -CNC (AFF) en 1996 à partir de la copie de la Cinémathèque Suisse sous-titrée en allemand. L'autre version, également restaurée par les AFF en 1992 à partir du négatif original est de 2281 mètres et correspond à la version d'après guerre. Pour l'édition dvd, l'ayant droit du film (Brigitte Berg, Les Documents cinématographiques, société fondée par Jean Painlevé) a souhaité éditer la version complète en utilisant la totalité de la version sans sous-titres, complétée des nombreux extraits issus de la copie suisse. A titre d'exemple la version « germanique » dispense son public de la scène de la mort de l'officier allemand, et la version française cache au sien que les otages doivent aussi la vie à l'humanité d'un officier allemand. Le résultat est une version totalement respectueuse de la version originale, dans une copie de belle qualité malgré les changements de grain et de luminosité. L'apparition ponctuelle des sous-titres en allemand ne choque nullement car ils s'inscrivent dans le projet de version intégrale voulue par l'éditeur, et historiquement incontestable.

Le dvd comprend deux compléments : une interview de Jean-Pierre Jeancolas, qui présente quelques remarques sur l'origine et l'idéologie de la censure de l'époque , sur le film, ce qu'il contient, ou ne contient pas ; il fait des rapprochements, évoque aussi Renoir et le cinéma de l'époque. …

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