Magazine article Journal of Film Preservation

On N'a Pas Tous Les Jours Cent Ans. : Ou De L'intérêt Du Cinéma Amateur

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On N'a Pas Tous Les Jours Cent Ans. : Ou De L'intérêt Du Cinéma Amateur

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1995. Cette année-là, d'importantes rétrospectives célébraient le génie de quelques faiseurs de films. De prestigieuses expositions révélaient l'envers de somptueux décors cinématographiques. Des magazines détaillaient les états d'âme des dernières grandes stars à la mode. De luxueuses reliures prétendaient immortaliser les propos avertis de critiques spécialisés. La télévision meublait ses programmes en vantant les mérites de l'image en mouvement. De doctes esprits s'interrogeaient sereinement pour la centième fois sur l'avenir incertain d'une invention centenaire. Les cinémathèques s'affirmaient «gardiennes de la mémoire collective» et proposaient des fonds de cave sensés représenter des chefs d'oeuvres en péril. Séduits par l'animation brillante et culturelle, les responsables politiques animaient les interviews télévisés en s'engageant à sauver l'avenir du cinématographe.

Une civilisation célébrait l'anniversaire de la naissance d'un septième art.

La multiplication des manifestations destinées à valoriser les authentiques chef-d'oeuvres produits par cette industrie de rêve, finissait par occulter ce qui, dans l'évolution du cinématographe, aurait pu représenter une véritable révolution sociale: grâce à la caméra, chaque individu (ou presque) allait pouvoir mettre en mémoire une vision personnelle de son environnement, du monde dans lequel il vivait, de la vie sociale et des péripéties dans lesquelles les hasards de l'existence le plongeaient. Par l'image chaque citoyen pourrait enrichir la mémoire collective. Intuition généreuse des inventeurs? Pas vraiment. La création d'une industrie professionnelle du spectacle cinématographique n'était pas sans risque. Il fallait s'assurer une rentabilité en diversifiant les sources de revenus. Parmi celles-ci, l'énorme marché potentiel représenté par les particuliers passionnés et amateurs d'images en mouvement occupait une place de choix. La stratégie commerciale impliquait de mettre l'extraordinaire invention à la portée de tous ces consommateurs potentiels.

Les textes de l'époque ne laissent aucun doute à ce sujet:

(Les enfants) grandissent vite. Vous pouvez les voir changer, vous pouvez préserver indéfiniment pour votre joie et satisfaction futures un enregistrement vivant des enfants comme ils sont aujourd'hui. Vous pouvez utiliser facilement (la caméra) exactement comme celle des théâtres, mais plus petite; adaptée à la dimension de votre maison. Publicité pour la caméra Moveite 17,5mm, 1919 (USA)

Saisir la vie en plein vol et la reconstituer à travers les années. Publicité cinégraphe Bol 35mm 1924, Suisse

Le ciné Kodak met à la portée des amateurs toutes les joies de la cinématographic, (**) les perfectionnements apportés à sa construction lui permettent de produire des images photographiques équivalentes à celles des films professionnels. Publicité Kodak, 1929

Pathé Baby, le cinéma chez soi. Adaptation géniale du Cinéma au cadre de la famille. Pathé Baby apporte chez vous une source inépuisable de joies nouvel/es et saines, un moyen puissant et fécond d'enseignement par l'image; chacun des films est un fragment de vie comique, poignant ou instructif, au choix. Annonce Science et vie, 1934

La moto caméra Pafhé Baby vous permet de projeter chez vous et à peu de frais, tous vos souvenirs de vacances et tous les événements de votre vie. Catalogue, 1937

Le cinéaste amateur allait donc pouvoir enregistrer «tous les événements» de sa vie avec des images «équivalentes», en qualité, à celles des professionnels. Et cela, à l'abri des contraintes professionnelles, au gré de sa fantaisie, quand il en avait envie. C'était un extraordinaire exercice de liberté. Et ce fut le succès. D'innombrables amateurs consacrèrent leurs économies à l'achat des appareils proposés.

Si les arguments de vente du matériel furent particulièrement efficaces, s'est-on jamais soucié des images que ces cinéastes du dimanche avaient accumulées au fil des années? …

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